Les Rougon-Macquart, tome 07 : L’Assommoir – Emile Zola

Titre : Les Rougon-Macquart, tome 07 : L’Assommoir
Auteur : Emile Zola
Date de parution : 2016
Editeur : Bibebook
Format : Ebook
Genre : Classique
Lectorat : Adulte
Nombre de pages : 327

L’Assommoir est le premier Zola que j’ai lu, au collège. Bizarrement, je n’avais pas autant apprécié et compris ma lecture (c’est de l’ironie) ! Au collège, ce roman est donné à lire sans le contexte historique et social nécessaire pour le comprendre — je doute même qu’un adolescent ait la maturité pour saisir les tenants et aboutissants de l’écriture de Zola. Même aujourd’hui, avec cette relecture, je suis sûre de passer à côté d’au moins la moitié de ce qu’il voulait exprimer.

J’ai beaucoup aimé suivre Gervaise, qui n’a pas très bien démarré dans la vie : elle a son premier enfant à 14 ans, puis un deuxième, monte à Paris avec Lantier, avant qu’il ne se barre voir ailleurs. C’est un homme profiteur et violent. J’ai adoré Gervaise dans cette première partie parce qu’elle affirme une vraie force de caractère : après avoir été brutalisée par Lantier, elle refuse catégoriquement de vouloir encore un homme dans sa vie — un premier acte de reconstruction de soi. Mais Coupeau, un voisin, lui fait la cour ; c’est un homme, comme le décrit Gervaise elle-même, « bien comme il faut ». Ils se marient, ont une fille, et Gervaise ouvre sa boutique de blanchisserie. Jusque-là, j’adore Gervaise : elle sait ce qu’elle veut, et n’hésite pas à prendre des décisions fortes pour s’en sortir.

Et à partir de ce moment, la déchéance et la décadence arrivent. Comme si, selon Zola, les ouvriers ne pouvaient pas s’élever au-dessus de leur condition — et s’ils le font, le retour de bâton est terrible. Cette thèse est en partie fondée : sans la même éducation que les bourgeois, les ouvriers étaient plus vulnérables et perdaient plus facilement leur position. Mais Zola va plus loin avec sa théorie naturaliste de l’hérédité, alors que la génétique n’existait pas encore à son époque — une prouesse intellectuelle qui force mon admiration. Je ne pense pas qu’il existe aujourd’hui de personne aussi visionnaire que lui.

À la suite d’un accident sur un chantier, Coupeau ne reprend pas vraiment le travail une fois guéri, et se noie dans l’alcool. C’est le début de la fin. Cette bascule est admirablement crédible parce qu’elle se construit petit à petit : la convalescence comme brèche initiale, pendant que Gervaise assure financièrement ; puis le glissement progressif du chantier vers le troquet, jusqu’à la disparition totale du travail. Tout ce que Gervaise gagne passe alors dans la boisson, les crédits se multiplient, elle devient elle-même fainéante et travaille de plus en plus mal. Le cercle vicieux est en place, amplifié par l’entourage : la famille du même immeuble, jalouse de leur réussite passée, se réjouit ouvertement de les voir tomber si bas.

C’est encore une tragédie écrite par Zola, qui montre toute la perversion du monde ouvrier dans le Paris de l’époque : un monde qui veut s’élever, mais qui n’en chute que plus durement.

(Petite précision pour la route : c’est mon 14e Zola lu dans l’ordre de la préface du Docteur Pascal, à raison d’un par mois — et cette relecture confirme, une fois de plus, à quel point cet auteur me semble visionnaire, sans équivalent à notre époque.)

Série terminée :
tome 01 : La Fortune des Rougon
tome 02 : La Curée
tome 03 : Le Ventre de Paris
tome 04 : La Conquête de Plassans
tome 05 : La Faute de l’abbé Mouret
tome 06 : Son Excellence Eugène Rougon
– tome 07 : L’Assommoir
tome 08 : Une Page d’amour
– tome 09 : Nana
tome 10 : Pot-Bouille
tome 11 : Au Bonheur des Dames
tome 12 : La Joie de vivre
– tome 13 : Germinal
– tome 14 : L’Œuvre
– tome 15 : La Terre
tome 16 : Le Rêve
– tome 17 : La Bête humaine
tome 18 : L’Argent
– tome 19 : La Débâcle
– tome 20 : Le Docteur Pascal

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