Les Portes du secret, tome 03 : Les Secrets d’opale – Maria V. Snyder

Titre : Les Portes du secret, tome 03 : Les Secrets d’opale
Auteur : Maria V. Snyder
Date de parution : 2013
Editeur : Harlequin
Format : Ebook
Genre : Romantasy
Lectorat : Adulte
Nombre de pages : 497

Note : 2 sur 5.

Relecture enfin terminée, et je peux maintenant passer à autre chose avec une joie et un soulagement immenses ! Après avoir relu les trois tomes de cette trilogie qui avait apparemment marqué mes lectures adolescentes, je peux enfin clore définitivement ce chapitre et me tourner vers des séries de bien meilleure qualité. Cette relecture a été une expérience révélatrice mais franchement pas agréable, me montrant combien mes goûts et mes standards de lecture ont évolué et se sont considérablement affinés avec le temps.

J’ai exactement le même ressenti décevant et frustrant que pour les deux premiers tomes que j’avais déjà relus précédemment : c’est fondamentalement vide de substance narrative réelle, bâclé dans son exécution, superficiel dans son développement des personnages et des thématiques. Ce troisième tome ne corrige absolument aucun des défauts majeurs que j’avais identifiés dans Le Poison écarlate et Le Souffle d’émeraude – au contraire, il les perpétue et parfois même les aggrave, confirmant que ces problèmes ne sont pas des accidents isolés mais des faiblesses structurelles de l’écriture de Maria V. Snyder.

Je suis vraiment très déçue, et cette déception s’est intensifiée au fil de la lecture, que l’on ne voie pas beaucoup plus Elena et Valek ensemble dans ce tome final qui aurait dû être l’apothéose de leur relation. Après trois tomes à construire patiemment leur romance compliquée par la distance géographique et les obstacles politiques, on s’attendrait légitimement à ce que le tome final leur donne enfin l’espace narratif et le temps d’écran nécessaires pour vraiment explorer leur relation, pour les voir fonctionner ensemble comme couple, pour savourer leur connexion qui a été tellement teasée et différée.

Elena s’enfuit et se réfugie à Ixia, ce qui laisse espérer de belles scènes de retrouvailles, d’intimité, de partenariat dans l’adversité. Mais dans la réalité du texte, ces moments sont frustement brefs et sous-développés. Elena et Valek restent largement séparés même dans ce tome censé les réunir, et quand ils sont ensemble, leurs interactions manquent de la profondeur émotionnelle et de la chimie palpable qu’on attendrait après trois tomes d’attente et de développement.

C’est d’autant plus frustrant que Valek reste de loin le meilleur personnage de toute la série, le seul qui ait véritablement de la consistance et du charisme. Le gaspiller en le maintenant en périphérie même dans le tome final est une erreur narrative majeure qui prive la série de son atout le plus fort.

L’histoire elle-même est franchement sans intérêt, répétitive, et prévisible dans son déroulement. Cette intrigue des Vermines qui ont enlevé les enfants des membres du conseil, est un antagoniste générique et peu développé qui surgit de nulle part dans ce dernier tome sans avoir été vraiment préparé ou établi dans les volumes précédents. C’est le genre de menace fourre-tout pratique que les auteurs invoquent quand ils ont besoin d’un conflit final mais n’ont pas fait le travail de construction narrative nécessaire pour créer une véritable tension dramatique organique.

J’ai vraiment l’impression désagréable que l’auteure essaie désespérément de mettre artificiellement des rebondissements constants et des complications pour faire durer l’intrigue et remplir les pages nécessaires à un roman, plutôt que de laisser l’histoire se développer naturellement selon sa propre logique interne. Chaque fois qu’un problème semble près d’être résolu, hop ! Un nouveau rebondissement totalement inattendu (et souvent peu crédible) surgit pour prolonger artificiellement le suspense. Cette accumulation de complications qui tombent du ciel plutôt que de découler logiquement des événements précédents crée une lecture chaotique et frustrante où on a constamment l’impression que l’auteure nous balade sans vraiment savoir où elle va.

L’hostilité soudaine et apparemment inexplicable des membres du conseil envers Elena, aurait pu être un développement intéressant explorant la peur du pouvoir et la politique de la jalousie. Mais c’est traité de manière si superficielle, avec des motivations si peu développées, que cela ressemble simplement à un obstacle pratique pour forcer Elena à fuir vers Ixia plutôt qu’à une véritable exploration des dynamiques de pouvoir et de la nature humaine.

Mais le gros point négatif absolument impardonnable et qui a véritablement gâché ma relecture, encore une fois comme dans les deux tomes précédents, ce sont les erreurs catastrophiques et multiples dans le texte français, dues très certainement à une traduction bâclée et à une absence totale de relecture éditoriale sérieuse ! Les pays Ixia et Sitia sont encore et toujours souvent inversés dans le texte, créant une confusion géographique et politique constante qui force le lecteur à constamment corriger mentalement les erreurs pour comprendre ce qui se passe réellement.

Et le comble de l’incompétence éditoriale : ils ont carrément changé le nom d’un des personnages secondaires en cours de route ! Un personnage qui s’appelait d’une certaine manière dans les tomes précédents se retrouve soudainement affublé d’un autre nom sans aucune explication, créant une confusion totale sur qui est qui et sur les relations entre personnages. Comment une maison d’édition professionnelle peut-elle faire et laisser passer de telles erreurs aussi grossières et aussi évidentes ? C’est absolument inacceptable et cela témoigne d’un mépris total pour le lecteur et pour le travail de l’auteure originale.

Darkiss, l’imprint sous lequel cette série est publiée en français, fait malheureusement partie de la maison d’édition Harlequin où très clairement, la quantité de titres publiés prône honteusement sur la qualité du travail éditorial. C’est une approche industrielle de la publication où l’on privilégie le volume de production et la rapidité de mise sur le marché au détriment de la qualité de la traduction, de la relecture, de la correction. Les traducteurs sont probablement sous-payés et surchargés, les délais sont impossibles, et le résultat est cette bouillie apocaly-merdique de texte truffé d’erreurs qui ne devrait jamais voir le jour dans une publication professionnelle.

Ce manque de soin éditorial est particulièrement dommageable pour une série déjà faible dans son écriture originale, ajoutant une couche supplémentaire de médiocrité à une œuvre qui en avait déjà suffisamment.

Je me demande vraiment sincèrement comment j’ai pu autant aimer ce livre à l’époque de ma première lecture, au point de lui mettre une note enthousiasmante de 17/20 sur Livraddict ! Cette relecture a été une expérience humiliante mais salutaire qui m’a montré combien mes standards de lecture étaient bas à l’époque, combien j’étais facilement satisfaite par n’importe quelle romance paranormale avec un minimum de world-building fantastique. J’étais probablement affamée de ce type de contenu et prête à pardonner énormément de défauts simplement parce que le concept de base – une tueuse devenue goûteuse qui développe des pouvoirs magiques et qui tombe amoureuse d’un assassin mystérieux – m’attirait.

Mais avec le recul de plusieurs années et après avoir lu des dizaines d’autres séries de romantasy et de fantasy, je me rends compte que Les Portes du secret n’est vraiment pas terrible du tout, pour ne pas dire franchement mauvais sur de nombreux aspects fondamentaux. L’écriture est simpliste, les personnages sont sous-développés (à l’exception de Valek), les intrigues sont prévisibles et mal construites, les résolutions sont faciles et peu satisfaisantes, et la traduction française est une catastrophe qui aggrave tous ces problèmes.

Je garde quand même à l’esprit, pour être juste et contextualiser mes critiques sévères, que cette série publiée entre 2005 et 2008 est effectivement un précurseur de la romantasy actuelle telle qu’on la connaît aujourd’hui avec Sarah J. Maas, Jennifer L. Armentrout, et leurs émules. À l’époque, le mélange de fantasy, de romance, et d’aventure destiné à un public young adult/new adult était moins codifié, moins développé, et Snyder faisait partie des pionnières qui exploraient ce territoire. Dans ce contexte historique, on peut apprécier sa contribution au développement du genre même si l’exécution laisse beaucoup à désirer selon nos standards contemporains.

Mais quand même, même en tenant compte de ce contexte pionnier, c’est vraiment pas terrible. On a vu depuis tellement mieux, tellement plus riche en terme de worldbuilding, tellement plus profond en terme de développement des personnages, tellement plus satisfaisant en terme de construction narrative. Des séries comme A Court of Thorns and Roses, From Blood and Ash, ou même des romantasies françaises contemporaines, ont prouvé qu’on peut faire de la romantasy intelligent, émotionnellement riche, narrativement cohérent, et stylistiquement bien écrit.

Les Secrets d’opale est une conclusion décevante pour une trilogie déjà faible qui ne corrige aucun des défauts des tomes précédents et qui les perpétue jusqu’au bout. L’intrigue est vide et bâclée, Elena et Valek sont frustralement séparés même dans ce tome final, les rebondissements semblent artificiels et forcés, et la traduction française catastrophique avec ses inversions de pays et ses changements de noms de personnages rend la lecture encore plus pénible. Cette relecture m’a fait réaliser combien mes goûts ont évolué et combien cette série qui m’avait marquée adolescente ne tient absolument pas la route à la relecture adulte. Je ne peux pas recommander cette trilogie, même en tant que curiosité historique du développement de la romantasy. Si vous voulez lire de la bonne romantasy, il existe des dizaines de meilleures options. Passez votre chemin, et si comme moi vous aviez aimé cette série dans votre jeunesse, gardez vos bons souvenirs intacts et ne la relisez surtout pas – la déception serait trop grande !

La fiche du livre :

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Série terminée :
tome 01 : Le Poison écarlate
tome 02 : Le Souffle d’Emeraude
– tome 03 : Les Secrets d’Opale

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