
Titre : Les Portes du secret, tome 02 : Le Souffle d’émeraude
Auteur : Maria V. Snyder
Date de parution : 2013
Editeur : Harlequin
Format : Ebook
Genre : Romantasy
Lectorat : Adulte
Nombre de pages : 473
Résumé :
Après des années d’exil, Elena retourne en Sitia, son pays natal, où elle a hâte de retrouver sa famille et de commencer sa formation magique auprès d’Irys, son mentor. Mais rien ne se déroule comme elle l’avait espéré : non seulement son unique frère semble lui vouer une haine farouche et incompréhensible, mais de plus, un drame terrifie toute la population sitienne : l’une après l’autre, une série d’adolescentes sont enlevées et assassinées par un magicien rebelle animé de funestes projets. L’occasion pour l’audacieuse Elena de mettre en oeuvre les pouvoirs qu’elle vient de se découvrir. Des pouvoirs très particuliers.
Confrontée aux démons de son propre passé et à de dangereux ennemis, Elena peut heureusement compter sur le soutien d’anciens amis, et de Valek, son mystérieux amant…
Avis :
Comme pour le premier tome qui m’avait déjà laissée assez mitigée avec ses défauts criants malgré quelques qualités indéniables, je suis franchement assez déçue par le ressenti général de ma lecture de ce deuxième volume qui ne corrige malheureusement pas les problèmes identifiés précédemment et en ajoute même quelques nouveaux. Après un premier tome où j’avais déjà relevé des faiblesses narratives, des incohérences, et une écriture problématique, j’espérais naïvement que cette suite améliorerait les choses ou du moins maintiendrait les aspects positifs. Malheureusement, Le Souffle d’émeraude perpétue et parfois aggrave les défauts tout en conservant juste assez de qualités pour que je continue à lire par pure curiosité de connaître la fin de l’histoire.
Mais je garde quand même en tête, pour être juste envers Maria V. Snyder et pour contextualiser mes critiques, qu’au moment de la sortie originale de cette série en 2006, la romantasy telle qu’on la connaît aujourd’hui n’existe pas encore vraiment comme genre établi et codifié. Sarah J. Maas n’a pas encore publié A Court of Thorns and Roses, Jennifer L. Armentrout n’a pas encore créé ses univers de fantasy romance, et les codes du genre sont encore en formation. Snyder était donc relativement pionnière dans ce mélange de fantasy, de romance, et d’aventure destiné à un public young adult/new adult. Ce qui peut sembler aujourd’hui maladroit ou cliché était peut-être plus novateur à l’époque. Cette perspective historique tempère un peu ma déception sans l’effacer complètement, mais elle me rappelle qu’il faut juger cette œuvre aussi dans son contexte de publication.
Il y a indéniablement de bonnes idées de l’auteure qui montrent qu’elle a de l’imagination et qu’elle comprend certains éléments essentiels de ce qui rend une histoire captivante. L’action est effectivement présente tout au long du roman, avec des scènes de danger, de combat, de poursuite qui maintiennent un certain rythme et évitent que le récit ne stagne complètement. L’intrigue du magicien rebelle qui enlève et assassine des adolescentes est sombre et crée un vrai enjeu, une urgence qui structure le récit et donne à Elena une mission claire au-delà de sa simple formation magique. Cette dimension de thriller surnaturel ajoute une tension bienvenue.
La romance, également, est présente et continue de se développer entre Elena et Valek, leur relation évoluant malgré la distance géographique et les obstacles multiples qui les séparent. Snyder ne néglige pas cet aspect relationnel qui est central pour le genre et pour l’investissement émotionnel des lecteurs.
J’aime vraiment beaucoup Valek comme personnage, et il reste définitivement le meilleur aspect de cette série pour moi. Il est absolument parfait dans sa construction – mystérieux mais pas opaque, dangereux mais pas toxique, compétent sans être invincible, dévoué à Elena sans perdre son identité propre. C’est le type de love interest masculin qui fonctionne parfaitement : suffisamment alpha pour être protecteur et imposant, mais suffisamment respectueux de l’autonomie d’Elena pour ne jamais devenir oppressif ou paternaliste. Ses apparitions dans ce tome, bien que trop rares à mon goût puisqu’il est géographiquement séparé d’Elena pendant la majeure partie du récit, sont toujours les moments les plus intéressants et les plus chargés émotionnellement. On comprend parfaitement pourquoi Elena l’aime et on partage son impatience de le retrouver.
Elena, l’héroïne principale, m’a franchement un peu gonflée dans ce tome avec certaines de ses réactions et décisions qui m’ont semblé frustrantes ou incohérentes. Mais honnêtement, j’aime quand même globalement bien son caractère fondamental et surtout le fait qu’elle ne se laisse absolument pas marcher sur les pieds par qui que ce soit. Elle a cette force de caractère, cette capacité à se défendre verbalement et physiquement, ce refus de la victimisation passive qui en font une héroïne généralement agréable à suivre. Elle n’attend pas qu’on la sauve, elle prend les choses en main, elle affronte les dangers directement. Cette agentivité est appréciable et correspond à ce qu’on attend d’une protagoniste de romantasy moderne.
Le problème n’est pas son caractère de base mais plutôt certains choix narratifs la concernant ou certaines situations où ses réactions semblent artificielles ou destinées uniquement à servir l’intrigue plutôt que de découler logiquement de sa personnalité établie.
Cependant, les scènes avec le cheval d’Elena – ce cheval magique ou empathique ou peu importe ce qu’il est censé être – sont au mieux complètement absurdes et au pire carrément débiles, franchement. Ces passages m’ont fait lever les yeux au ciel plus d’une fois. Je comprends que Snyder veuille montrer le lien spécial d’Elena avec les animaux, sa capacité magique particulière de communication ou d’empathie, mais l’exécution est tellement maladroite, tellement over-the-top, que cela devient ridicule plutôt qu’émouvant ou fascinant. Le cheval semble avoir plus d’intelligence et de personnalité que certains personnages humains secondaires, et leurs « conversations » ou interactions dépassent largement la suspension d’incrédulité que je suis prête à accorder même dans un univers de fantasy magique.
Ces scènes auraient pu être touchantes ou intéressantes si elles avaient été écrites avec plus de subtilité et de retenue, mais au lieu de cela, elles deviennent des moments cringe qui nuisent à la crédibilité de l’ensemble.
On découvre dans ce tome une nouvelle partie significative de l’univers avec le pays de Sitia, le pays natal d’Elena situé au sud du royaume d’Ixia où se déroulait le premier tome, et donc apparemment caractérisé par des forêts tropicales luxuriantes et une culture complètement différente. Cette expansion géographique est bienvenue en principe et devrait enrichir le worldbuilding en nous montrant que cet univers est plus vaste et plus diversifié que ce que nous avions vu jusqu’à présent. Mais l’exécution est franchement problématique et paresseuse.
Et comme par hasard miraculeux et totalement prévisible, Elena, qui a passé des années en esclavage dans un environnement complètement différent, sait parfaitement monter dans les arbres avec agilité et escalader comme une professionnelle dès qu’elle arrive dans cette jungle tropicale ! Cette compétence surgit de nulle part, sans préparation narrative, sans explication plausible. C’est exactement le type de facilité narrative qui tue progressivement la crédibilité du récit et l’investissement du lecteur.
Quand les personnages acquièrent magiquement exactement les compétences nécessaires pour surmonter les obstacles du moment, sans que ces compétences aient été établies préalablement ou sans qu’elles nécessitent d’apprentissage, cela crée une sensation de plot armor artificiel où on sait que l’héroïne surmontera toujours miraculeusement chaque défi parce que l’auteure lui donnera exactement les outils nécessaires au moment opportun. Cette facilité scénaristique tue la tension et le suspense au bout d’un moment. On cesse de s’inquiéter pour Elena parce qu’on sait qu’elle trouvera toujours une solution providentielle.
L’intrigue autour de son frère aurait pu être un développement émotionnel intéressant, explorant les conséquences des années de séparation et les malentendus qui peuvent surgir entre frère et sœur longtemps éloignés. Mais comme beaucoup d’autres éléments dans ce livre, c’est traité de manière superficielle et résolu trop facilement sans vraiment explorer la complexité émotionnelle que cette situation méritait.
Mais le point négatif absolument principal et le plus frustrant selon moi, ce qui rend véritablement la lecture pénible par moments, c’est la traduction catastrophique ou l’écriture originale simpliste, ou probablement les deux combinés qui créent une tempête parfaite de médiocrité littéraire. Je pense honnêtement que les deux sont franchement mauvais et se renforcent mutuellement dans leur faiblesse. L’écriture originale de Snyder en anglais est apparemment déjà assez simpliste et maladroite d’après ce que j’ai pu lire dans des critiques anglophones, avec des répétitions, des formulations peu élégantes, et un style généralement fonctionnel mais peu inspiré.
Et la traduction française est tout simplement apocaly-merdique, vraiment. C’est du niveau amateur, du travail bâclé qui ne devrait jamais avoir passé l’étape de la relecture éditoriale. Il y a des erreurs grossières, des formulations qui ne sonnent pas naturelles en français, des choix de vocabulaire bizarres, et surtout – et c’est le comble ! – les pays Ixia et Sitia ont été carrément inversés et confondus à plusieurs reprises dans le texte français !
Comment une erreur aussi énorme et aussi évidente peut-elle subsister dans une publication professionnelle ? C’est une confusion qui change complètement le sens de passages entiers, qui crée de la confusion géographique et politique, et qui prouve que ni le traducteur ni l’éditeur n’ont fait correctement leur travail de vérification et de cohérence. Quand les noms de pays, les éléments géographiques fondamentaux de l’univers, sont inversés, cela crée une dissonance cognitive constante qui sort le lecteur de l’immersion et qui le force à constamment corriger mentalement les erreurs. C’est absolument inacceptable et cela nuit gravement à une œuvre qui avait déjà suffisamment de problèmes intrinsèques sans y ajouter des erreurs de traduction catastrophiques.
Cette combinaison d’écriture simpliste et de traduction désastreuse transforme ce qui aurait pu être une lecture agréable malgré ses défauts narratifs en une expérience souvent frustrante et laborieuse où on passe son temps à trébucher sur des formulations maladroites et des erreurs factuelles.
Malgré tout cela, j’ai quand même hâte de relire le troisième et dernier tome de la trilogie principale pour enfin clôturer cette série et connaître la conclusion de l’histoire d’Elena et Valek. Après deux tomes, je suis suffisamment investie – ne serait-ce que par l’investissement de temps déjà consenti – pour vouloir voir comment Snyder va résoudre les intrigues, comment la relation entre Elena et Valek va évoluer, et quelle sera la résolution finale. De plus, comme c’est le dernier tome de l’arc principal, j’espère sincèrement qu’il apportera une conclusion satisfaisante qui justifiera rétrospectivement les frustrations des deux premiers volumes.
Le Souffle d’émeraude est un deuxième tome décevant qui ne corrige pas les défauts du premier et qui en ajoute de nouveaux, notamment avec l’expansion géographique mal gérée et les facilités narratives de plus en plus flagrantes. Valek reste excellent, Elena est correcte malgré quelques moments agaçants, mais l’écriture simpliste combinée à une traduction catastrophique rend la lecture souvent pénible. Les scènes avec le cheval sont ridicules, les compétences providentielles d’Elena tuent la tension, et les erreurs de traduction sur les noms de pays sont impardonnables. Si vous avez aimé le premier tome malgré ses défauts, ce deuxième vous décevra probablement moins que moi. Si comme moi vous étiez déjà mitigée sur le premier, préparez-vous à une suite qui n’améliore malheureusement pas grand-chose. Mais pour qui est arrivé jusqu’ici, autant terminer la trilogie et lire le tome 3 pour avoir la conclusion complète de l’histoire. En espérant que ce dernier tome sera meilleur et rachètera les faiblesses des deux premiers !
La fiche du livre :
Série terminée :
– tome 01 : Le Poison écarlate
– tome 02 : Le Souffle d’Emeraude
– tome 03 : Les Secrets d’Opale
