Dieu & Sorcière – Angel Arekin

Titre : Dieu & Sorcière
Auteur : Angel Arekin
Date de parution : 5 août 2025
Editeur : Plume Blanche
Format : Ebook
Genre : Fantasy
Lectorat : Adulte
Nombre de pages : 684

Un coup de cœur immédiat et incroyable.

Je ne lis pas beaucoup de romans publiés chez Plume Blanche, mais Angel Arekin est l’une de celles qui me font regretter de ne pas en lire plus. Après Ombres et la série Le Porteur de Mort qui m’avaient déjà conquise, Dieu & Sorcière confirme que cette auteure a un don rare : elle fait confiance à ses personnages pour porter le roman, et ça fonctionne à chaque fois. Et mention spéciale à la couverture — absolument magnifique dans sa simplicité. Plume Blanche s’est surpassée sur ce coup-là.

Aren est l’un des personnages les plus nuancés que j’aie rencontrés. Abandonné sur les marches d’un temple à la naissance, maltraité jusqu’à ses cinq ans, livré ensuite à lui-même dans les rues de la ville avant de devenir la main droite d’un chef criminel — Aren a appris à tuer et à ne pas ressentir. C’est un assassin qui ne sait pas qui il est, qui traîne le poids de ses actes sans savoir comment s’en défaire. Jusqu’au jour où une demande va trop loin même pour lui, et qu’il fuit vers un hôtel isolé au milieu des bois, attiré par une simple annonce d’emploi. J’adore les personnages perdus qui continuent d’avancer malgré tout, et j’adore encore plus ceux qui ont une destinée toute tracée par les dieux et qui s’en moquent royalement — tant pis pour les projets des autres, Aren fera ce qu’il a décidé de faire. C’est un méchant qui essaie de devenir gentil sans savoir comment faire — et c’est précisément ça qui le rend absolument magnifique.

L’intrigue principale est menée d’une main de maître. Lifren est la dernière sorcière, et la seule capable de renforcer les sceaux qui maintiennent le Dieu de la Mort dans le monde souterrain. Mais les enfants du Dieu de la Mort cherchent à l’en empêcher — et l’attaquent avec une arme en Sanguine, un poison qui se répand dans l’organisme. C’est Aren qui va la sauver et la guérir, découvrant au passage qu’il est lui-même le fils du Dieu de la Mort et de la Déesse de la Vie. Le voilà donc aux côtés de Lifren pour qu’elle accomplisse sa mission — non par contrainte, mais par choix, poussé par des sentiments qu’il ne reconnaît pas encore comme tels. Tous les deux vont progressivement réaliser que tout ce qu’ils croyaient savoir sur les dieux ne correspond pas à la réalité. Ce qui semblait être l’ennemi s’avère bien plus complexe, et ce qui semblait être le devoir se révèle bien plus ambigu.

Ce qui est remarquable, c’est la construction temporelle du récit. Ces 650 pages se déroulent sur un laps de temps très court — quelques jours à peine. Loin d’être étouffant, ce resserrement crée une urgence et une intensité constantes. Les révélations sont savamment dosées : jamais ennuyeux, jamais submergé. Arekin sait exactement quand lâcher une information pour maintenir la tension sans noyer le lecteur.

Face à Aren, Lifren est son miroir inversé. Belle, froide, arrogante, sûre d’elle — elle semble être tout ce qu’Aren n’est pas. Mais Arekin réussit quelque chose de subtil et de remarquable : sur 654 pages, elle fait évoluer Lifren si doucement, si organiquement, qu’on la voit progressivement réaliser qu’elle aussi a sacrifié des êtres pour accomplir son devoir. Que le devoir n’excuse pas les actes. Que la « gentille » n’est pas si différente du « méchant ». C’est une rédemption en miroir — lui qui cherche la lumière, elle qui découvre ses propres ombres — et c’est absolument bouleversant.

Leur dynamique est l’un des plaisirs constants du roman. Aren veut convaincre Lifren qu’il peut être son amoureux — mais pas à la façon du personnage insistant et maladroit qu’on voit trop souvent. Il comprend ses réticences, il les respecte, même si pour lui elles n’ont pas lieu d’être. Il persuade avec patience et douceur, et elle résiste tout en se sentant attirée. L’ombre et la lumière qui ne peuvent pas s’unir — et pourtant. C’est parfaitement dosé.

Le Dieu de la Mort mérite aussi sa mention. Pendant les trois quarts du roman, il semble être le grand antagoniste — une force nécessaire qui a perdu l’équilibre. Mais Arekin réserve un retournement de situation de haute volée : la vie ne peut pas exister sans la mort, et ce qu’on croyait être l’ennemi s’avère bien plus complexe que ça. C’est le genre de twist qui oblige à reconsidérer tout ce qu’on a lu avant.

L’univers est dense et complexe — les dieux, les dimensions, le système de magie, les sorcières et leurs liens avec les forces divines. Je ne suis pas certaine d’avoir saisi tous les détails, d’autant que j’ai commencé ce roman dans des conditions de lecture un peu chaotiques et que la police d’écriture de Plume Blanche en ebook ne m’aide pas. Mais la complexité du worldbuilding n’a jamais nui à ma compréhension des enjeux et des personnages — et c’est là la vraie force d’Arekin. Son univers fonctionne par ses personnages, pas malgré eux.

Un coup de cœur intersidéral. Je me rue sur les autres romans de l’auteur.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut