Métro Paris 2033, tome 01 : Rive Gauche – Pierre Bordage

Titre : Métro Paris 2033, tome 01 : Rive Gauche
Auteur : Pierre Bordage
Date de parution : 1 avril 2020
Editeur : L’Atalante
Format : Ebook
Genre : Science-Fiction
Lectorat : Adulte
Nombre de pages : 464

Paris sous terre, et pourtant si humain.

Pierre Bordage encore — mais dans un registre bien différent d’Arkane. Et la comparaison est sans appel : il est clairement plus à l’aise en science-fiction qu’en fantasy.

Le concept est immédiatement accrocheur. En 2033, après une catastrophe dont on ne connaît pas précisément la nature — nucléaire, probablement — les survivants se sont réfugiés sous terre, dans les couloirs et les stations du métro parisien. Ils se font appeler les Métrolites. Privés de lumière naturelle, ils ont perdu la notion du temps, du cycle circadien, de leur propre âge. Ils survivent en récupérant ce qu’ils trouvent dans les voitures abandonnées et les commerces des grandes gares, avec les tickets de métro comme monnaie d’échange.

L’immersion dans ce Paris souterrain est progressive et efficace. Au début, j’ai eu du mal à me figurer des villes entières dans des stations de métro — moi qui ai pris le métro parisien peu de temps avant cette lecture, l’image me semblait bancale. Et puis en intellectualisant un peu, j’ai compris que certaines stations comme Montparnasse, qui est aussi une gare, sont littéralement immenses. L’écriture de Bordage fait le reste : elle immerge sans expliquer, et on finit par y croire. Mon seul bémol reste les objets récupérés dans les voitures — à un moment, elles seront toutes vides. Mais bon, on fait confiance à l’auteur pour y avoir pensé dans la suite.

Ce monde souterrain est organisé en factions de stations — les « statiopées » — et c’est là que le roman devient vraiment intéressant. Les grandes stations forment des coalitions et se livrent des luttes de pouvoir impitoyables. Il y a même une Petite-Chine souterraine — preuve que les humains, même privés de tout, reconstituent instinctivement leurs structures sociales d’avant.

Face à cette fragmentation, Madone se dresse comme figure centrale. Présidente de la statiopée Bac après une ascension pour le moins musclée, elle porte un projet ambitieux : fédérer toutes les stations de Rive Gauche en un état commun, basé sur le droit et la justice. Elle n’est pas particulièrement attachante, mais elle est profondément humaine — avec ses failles, ses calculs, ses contradictions. Sur sa route, elle croise Roy, un habitant d’Odéon qui est peut-être le dernier lettré de Rive Gauche, gardien d’une bibliothèque unique dans ce monde où la connaissance du passé s’est presque entièrement perdue. Leur alliance a quelque chose de logique : elle veut construire un monde plus juste, lui détient ce qu’il reste de mémoire et de culture.

Leur principal obstacle est la religion Elevation, menée par Parn, le tout-puissant pasteur de Montparnasse. Une secte conservatrice et traditionaliste qui veut préserver l’humanité telle qu’elle était — et qui envoie ses prisonniers se faire carboniser à la surface au nom du dieu Soleil et de la déesse Lune. Glaçant. Et leur rejet des enfants mutants est au cœur du conflit idéologique du roman.

Car les enfants nés sous terre évoluent. Certains voient dans le noir — les Nycts. D’autres ont une ouïe surdéveloppée — les Taups. D’autres encore, les Dvinns, ont d’énormes têtes et peuvent percevoir l’avenir. Ces mutations font peur à une partie de la population, qui voudrait les éliminer pour préserver une normalité illusoire. Madone, elle, a recueilli Ionale, une jeune Dvinn — geste altruiste ou calcul politique ? Probablement les deux.

De l’autre côté du récit, on suit Juss et Plaissance, deux gamins membres d’un gang d’armuriers qui explorent les tunnels inconnus à la recherche de parkings inexploités et de leurs richesses. Lui n’a aucune mutation particulière — c’est son intelligence et son sens de l’observation qui lui permettent de repérer les endroits inconnus, ce qui le rend unique dans un monde où les capacités spéciales font loi. Elle est Nyct, et voit dans le noir comme en plein jour. Séparés de leur groupe, ils vont découvrir des endroits inconnus — dont un, baigné de lumière naturelle, qui doit avoir un effet presque mystique sur des gens qui n’ont jamais connu la surface. Ils y croisent aussi la faune qui a colonisé les tunnels, dont un impressionnant félin sauvage.

La fin ouvre grand les portes de la suite, avec la promesse que l’histoire va s’étendre à la Rive Droite et à la mystérieuse Cité — des territoires jusqu’ici craints et inconnus. Le monde s’agrandit, et l’envie de continuer avec lui.

Cette lecture m’a aussi donné envie de découvrir Métro 2033 de Dmitri Glukhovsky, le roman qui a popularisé le concept de vie souterraine dans un métro postapocalyptique — pour voir d’où vient l’idée originale et comment les deux auteurs l’ont chacun déclinée à leur façon.

Série terminée :
– tome 01 : Rive Gauche
– tome 02 : Rive Droite
– tome 03 : Cité

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