Et ils meurent tous les deux à la fin – Adam Silvera

Titre : Et ils meurent tous les deux à la fin
Auteur : Adam Silvera
Date de parution : 24 mai 2018
Editeur : Robert Laffont
Format : Ebook
Genre : Romance
Lectorat : Young Adult
Nombre de pages : 406

Note : 3 sur 5.

Je suis extrêmement déçue et frustrée par ce livre qui a pourtant une réputation excellente, ce qui rend ma déception d’autant plus difficile à vivre parce que j’ai l’impression d’être passée à côté de quelque chose que tout le monde semble comprendre et adorer. Et ils meurent tous les deux à la fin est présenté comme un incontournable de la littérature young adult contemporaine, un chef-d’œuvre émotionnel qui fait pleurer tous les lecteurs, et pourtant mon expérience a été profondément ambivalente, presque schizophrénique dans sa dualité entre aspects adorés et aspects détestés.

Je vais commencer par les points vraiment positifs qui ont sauvé ce livre d’être une catastrophe totale pour moi : les personnages absolument remarquables et les thèmes profonds et universels abordés avec sensibilité. J’ai sincèrement adoré suivre Rufus et Mateo, ces deux adolescents que tout oppose mais qui vont partager les dernières heures précieuses de leurs vies, ainsi que leurs amis respectifs qui gravitent autour d’eux et qui enrichissent considérablement l’histoire. Ces personnages secondaires ne sont pas simplement des faire-valoir ou des utilités narratives, ils ont leur propre profondeur, leurs propres peurs et espoirs face à la mort imminente de leurs proches.

Pour une fois dans une narration à points de vue multiples – procédé que je trouve souvent gênant et artificiel quand il est mal géré –, j’ai vraiment trouvé qu’il y avait de l’intérêt véritable et de la valeur ajoutée au point de vue multiple tel qu’Adam Silvera l’utilise. Chaque perspective apporte quelque chose d’unique, une couleur différente à l’histoire globale, une facette supplémentaire de la réflexion sur la mort et la vie. Ce n’est pas simplement un gimmick narratif, c’est un véritable outil pour explorer la diversité des réactions humaines face à la mortalité.

L’auteur arrive vraiment remarquablement bien à faire transparaître clairement le caractère distinct de chacun de ses personnages et ce qui les différencie fondamentalement dans leur personnalité, leur background, leur manière d’appréhender le monde. Par exemple très spécifiquement, le parler de Rufus est complètement différent stylistiquement de celui de Mateo, et cette différenciation linguistique est maintenue constamment et cohérente tout au long du roman. Rufus a un langage plus familier, direct, parfois franchement vulgaire et cru, reflétant son origine sociale plus difficile, son parcours dans le système de placement familial, son attitude de survie défensive.

Alors que Mateo, en contraste total, est constamment très poli, mesuré, presque précautionneux dans son expression, reflétant son éducation plus protégée, son anxiété généralisée, sa tendance à intérioriser et à se censurer. Cette distinction linguistique n’est jamais forcée ou caricaturale, elle sonne naturelle et vraie, et elle aide immédiatement le lecteur à identifier qui parle même sans regarder le nom en début de chapitre.

J’ai absolument adoré suivre ces deux personnages complètement opposés dans presque tous les aspects de leur personnalité et de leur vie – Rufus extraverti et impulsif versus Mateo introverti et anxieux, Rufus qui a vécu intensément malgré ses traumatismes versus Mateo qui s’est constamment retenu et enfermé par peur – mais qui vont progressivement se découvrir mutuellement, se comprendre, se compléter, et finalement s’aimer profondément en l’espace d’une seule journée extraordinaire.

C’est vraiment un de mes tropes absolument favoris en romance et en amitié : les opposés qui s’attirent, qui se révèlent l’un à l’autre, qui apprennent chacun quelque chose d’essentiel de l’autre. Rufus apprend à Mateo à vivre pleinement, à prendre des risques, à arrêter de se retenir par peur constante. Mateo apprend à Rufus à ralentir, à apprécier les moments calmes, à exprimer ses émotions vulnérables plutôt que de toujours jouer les durs. Leur dynamique relationnelle est vraiment magnifique et c’est indéniablement le cœur battant du roman.

Le thème de la mort est effectivement omniprésent tout au long du roman – ce qui est logique et inévitable vu le concept et le titre qui spoile explicitement la fin ! – mais heureusement pas du tout de manière lugubre, morbide, ou profondément déprimante comme on pourrait le craindre. Ce n’est pas un roman nihiliste ou désespéré sur l’absurdité de l’existence et l’inévitabilité de la fin.

C’est plutôt une réflexion philosophique profonde et finalement assez optimiste, et surtout une excuse narrative et thématique pour vraiment profiter intensément de la vie comme si on allait mourir demain – littéralement et concrètement pour Rufus et Mateo qui savent avec certitude qu’ils mourront avant minuit. Un genre de memento mori moderne et young adult, ce rappel stoïcien constant de notre mortalité qui devrait nous pousser à vivre pleinement plutôt qu’à nous paralyser de peur.

Et surtout, le thème central est celui de n’avoir aucun regret quand vient la fin inévitable, de pouvoir mourir en paix en sachant qu’on a vécu authentiquement, qu’on a exprimé ses sentiments, qu’on a pris des risques, qu’on a vraiment existé plutôt que simplement survécu. Finalement, malgré la tragédie annoncée et inévitable, il y a vraiment beaucoup d’espoir, de beauté, et même de rédemption dans ce livre qui célèbre la vie précisément parce qu’elle est éphémère et précieuse.

Mine de rien, et c’est peut-être la raison profonde de ma réaction ambivalente et inconfortable, ce roman a eu beaucoup d’écho émotionnel et d’impact psychologique sur moi personnellement, touchant à des zones sensibles que je préfère généralement garder protégées. Et cela explique paradoxalement et en grande partie pourquoi je n’ai finalement pas vraiment aimé ce livre dans son ensemble malgré ses qualités indéniables.

Il touche brutalement et directement à des réflexions très personnelles sur la mort, le regret, le temps perdu, la peur de vivre pleinement, auxquelles je n’ai pas forcément envie consciemment que l’on mette le doigt dessus ou que l’on expose crûment. Parfois, un livre peut être trop efficace émotionnellement, trop percutant dans ses thèmes, au point de devenir inconfortable plutôt qu’agréable à lire. C’est comme regarder directement le soleil – impressionnant mais douloureux.

Et c’est peut-être précisément pour cette raison défensive, pour me protéger de cette confrontation émotionnelle trop intense, que j’ai absolument détesté et rejeté l’écriture de l’auteur, le rythme général du livre, et finalement l’histoire elle-même dans sa construction et son exécution. Je me rends compte avec du recul que les tragédies annoncées, ce n’est vraiment pas mon truc en littérature, ou alors absolument pas de la manière dont Adam Silvera l’a amenée et construite ici.

Le roman est globalement lent, contemplatif, méditatif, presque statique par moments. Les personnages passent beaucoup de temps à simplement être ensemble, à parler, à réfléchir, à observer le monde autour d’eux avec une acuité nouvelle que donne la proximité de la mort. Cette lenteur est certainement intentionnelle et thématiquement justifiée – quand on n’a plus qu’une journée à vivre, chaque moment devient précieux et mérite d’être savouré plutôt que précipité. Mais narrativement, pour moi en tant que lectrice, c’était souvent laborieux et ennuyeux, créant une frustration constante parce que j’attendais que quelque chose se passe vraiment.

Il y a bien de l’action occasionnellement, des moments d’adrénaline qui ponctuent la journée des protagonistes. Mais honnêtement, j’ai levé les yeux au ciel plus d’une fois face à certaines scènes qui me semblaient artificielles, forcées, ou simplement mal conçues. Certains choix narratifs concernant les dangers rencontrés m’ont semblé peu crédibles ou trop convenablement orchestrés pour servir le message thématique plutôt que de découler organiquement des personnages et des situations.

J’ai nettement préféré les derniers chapitres du roman qui gagnent en intensité émotionnelle et en urgence narrative à mesure que minuit approche inexorablement. Ces passages finaux où tout converge et où les personnages font leurs derniers choix sont vraiment puissants et touchants. Sauf, et c’est un ÉNORME problème pour moi, le tout dernier paragraphe qui est absolument frustrant et inacceptable !

Sérieusement, l’auteur est mort subitement avant de finir complètement son livre, c’est ça ?! Parce que franchement et clairement, il manque objectivement quelques phrases essentielles, peut-être même un épilogue entier ! Le roman se termine de manière brutale et incomplète, laissant des questions cruciales sans réponses, des arcs narratifs non conclus, des personnages secondaires dont on ne saura jamais le destin. C’est comme si Silvera avait simplement arrêté d’écrire au milieu d’une pensée et avait envoyé le manuscrit tel quel à son éditeur.

Selon mon jugement personnel et mes attentes pour ce type de roman tragique, le livre aurait été véritablement réussi et aurait justifié sa réputation si j’avais pleuré abondamment en le terminant, si j’avais été émotionnellement dévastée et cathartiquement purgée par la fin. Un roman qui annonce dès le titre que ses protagonistes vont mourir devrait logiquement me faire pleurer quand cette mort arrive enfin, non ? C’est le minimum syndical pour une tragédie efficace !

Mais ça n’a absolument pas été le cas pour moi. Je n’ai versé aucune larme, je n’ai ressenti aucune dévastation émotionnelle, juste une légère tristesse intellectuelle mêlée de frustration narrative. Et en plus, comble de l’insatisfaction, je me pose encore maintenant des questions persistantes et agaçantes sur les nombreux éléments laissés délibérément en suspens sans résolution. Que deviennent certains personnages secondaires ? Comment les proches réagissent-ils dans l’après ? Quelles sont les conséquences de certaines actions des protagonistes ?

Je hais vraiment profondément et viscéralement les fins ouvertes qui refusent de conclure proprement leurs histoires ! Cette tendance actuelle des auteurs à laisser tout en suspens sous prétexte d’ambiguïté artistique ou de réalisme me rend folle de frustration. Ça a complètement et irrémédiablement ruiné le roman pour moi, transformant ce qui aurait pu être une expérience émotionnelle puissante en une déception frustrante.

C’est vraiment assez particulier et déstabilisant d’avoir un avis aussi profondément ambivalent et même contradictoire sur un seul et même livre. J’ai sincèrement beaucoup aimé certains points fondamentaux – les personnages, leur relation, les thèmes explorés, certaines scènes spécifiques. Et j’ai simultanément complètement haï d’autres aspects tout aussi fondamentaux – l’écriture, le rythme, la structure, et surtout cette fin incomplète et frustrante.

C’est rare que je sois aussi divisée intérieurement sur un roman, oscillant constamment entre appréciation et rejet, entre connexion émotionnelle et distance critique. Cette ambivalence inconfortable rend difficile même d’attribuer une note ou de formuler une recommandation claire.

Bon, et je découvre aussi à travers cette lecture que les standalones, les romans uniques qui ne font partie d’aucune série, ce n’est apparemment vraiment pas trop mon truc préféré. Ou alors, correction et nuance importante, il me faut impérativement une vraie fin complète, satisfaisante, qui conclut proprement tous les arcs narratifs et qui ne laisse aucune question majeure en suspens. Je supporte mal l’ambiguïté et l’incomplétude narrative, j’ai besoin de closure et de résolution. Les standalones qui se terminent comme des premiers tomes de série en espérant une suite qui ne viendra jamais me frustrent au plus haut point.

Et ils meurent tous les deux à la fin est un roman profondément diviseur qui génère des réactions extrêmement variées et dont l’appréciation dépendra énormément de vos attentes, de votre tolérance aux rythmes contemplatifs, et de votre relation personnelle avec les thèmes de la mort et du regret. Adam Silvera crée des personnages absolument remarquables et attachants en Rufus et Mateo, leur relation opposés-qui-s’attirent est magnifiquement développée, et les thèmes philosophiques sur la mortalité et la vie pleinement vécue sont profonds et résonnants. Le titre spoile la fin mais c’est justement le point – ce n’est pas le « si » mais le « comment » qui compte.

Cependant, le rythme est extrêmement lent et contemplatif, l’écriture peut sembler artificielle ou forcée par moments, certaines scènes d’action manquent de crédibilité, et surtout, la fin est frustrante et incomplète avec des éléments majeurs laissés en suspens. Si vous détestez les fins ouvertes ou ambiguës, préparez-vous à être déçus. Si vous attendez un déluge de larmes cathartiques, cela dépendra entièrement de votre sensibilité personnelle – certains pleurent toutes les larmes de leur corps, d’autres restent émotionnellement distants.

Je recommande ce livre uniquement si vous aimez les tragédies annoncées lentes et méditatives, si vous appréciez les réflexions philosophiques sur la mort, si vous êtes patients avec les rythmes contemplatifs, et si vous pouvez supporter les fins ouvertes. Si comme moi vous préférez les histoires avec plus d’action, des résolutions complètes, et une catharsis émotionnelle claire, vous risquez d’être déçus malgré les qualités indéniables des personnages. Mon avis ambivalent reflète une lecture inconfortable mais pas dénuée d’intérêt – je ne regrette pas de l’avoir lu, mais je ne le relirai certainement jamais.

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