
Titre : Campus Drivers, tome 03 : Crashtest
Auteur : C. S. Quill
Date de parution : 05 novembre 2020
Editeur : Hugo Roman
Format : Ebook
Genre : Romance
Lectorat : Adulte
Nombre de pages : 430
Résumé :
Lorsque Lewis se retrouve avec trois meilleurs amis en couple et une stagiaire à former pour la relève des Campus Drivers, son dernier semestre à la fac prend une allure de cauchemar. Sans compter que la stagiaire en question n’a rien de l’élève parfaite !
En débarquant dans une nouvelle université, Amy a promis à sa soeur de se tenir aussi loin que possible des ennuis. Alors, quand Lewis Conley lui propose une période d’essai en tant que chauffeur, c’est l’occasion rêvée de se ranger… Et de passer du temps avec celui pour qui elle craque malgré elle.
Mécanicienne hors pair, elle va devoir apprendre à ses dépends que la mécanique du coeur est encore plus complexe qu’il n’y paraît.
Quant à Lewis, la course sauvage dans laquelle Amy va l’entraîner risque de le faire dévier de sa trajectoire toute tracée.
Avis :
Je suis vraiment assez mitigée par ce troisième tome qui confirme malheureusement mes craintes grandissantes sur cette série qui ne parvient pas à maintenir la qualité et l’originalité promises par le concept de départ. Après un premier tome qui m’avait laissée plutôt déçue malgré le concept accrocheur, et un deuxième tome nettement meilleur grâce à Carrie et au concept meta des book boyfriends, ce troisième volume retombe dans les défauts du premier tout en ajoutant de nouveaux problèmes qui rendent la lecture franchement laborieuse.
Lewis n’est vraiment pas un personnage qui m’a particulièrement marquée ou intéressée dans les tomes précédents où il apparaissait en secondaire. C’était essentiellement le lourdingue de service, le mec un peu relou avec ses blagues pas drôles et son attitude de bro qui ne m’inspirait absolument aucune sympathie ou curiosité. Donc apprendre qu’il aurait son propre tome ne m’emballait pas vraiment, et je dois dire que mes craintes étaient totalement justifiées.
Cependant, j’étais quand même assez optimiste et même un peu excitée par l’arrivée d’Amy comme protagoniste féminine principale. C’est effectivement pas souvent du tout qu’une badgirl assumée, une fille avec un vrai passé trouble et une réputation de dure à cuire, prend la tête d’affiche d’une romance new adult contemporaine. Habituellement, on a des héroïnes gentilles, un peu naïves, parfois sages-femmes qui se font corrompre par le bad boy. Ici, la dynamique inverse promettait d’être rafraîchissante : une fille rebelle et problématique face à un mec plus rangé et sur les rails. Et j’étais vraiment curieuse de voir comment l’auteure allait travailler et développer ce personnage atypique, comment elle allait gérer cette inversion des tropes habituels.
Sans grande surprise malheureusement, c’est une suite interminable et prévisible de clichés éculés sur la « mauvaise fille au grand cœur » qui se cachent sous sa carapace de dureté. Tous les poncifs de la badgirl sont là, alignés mécaniquement : le passé traumatique qui explique tout, la famille dysfonctionnelle, la façade agressive qui cache une vulnérabilité profonde, la méfiance envers l’amour, la tendance à saboter ses propres chances de bonheur. Rien de nouveau, rien de surprenant, rien qui ne sorte des sentiers ultra-battus du genre.
Mais malgré cette avalanche de clichés et cette prévisibilité frustrante, je dois reconnaître que j’ai quand même réussi à m’attacher à Amy comme personnage. Il y a quelque chose dans son énergie, dans sa détermination farouche, dans son refus de se laisser marcher sur les pieds, qui fonctionne et qui la rend attachante malgré tous ses défauts de caractérisation. Elle a une présence, une voix, une personnalité qui transcendent partiellement l’écriture médiocre et les clichés. Ce qui, malheureusement, ne s’est absolument pas du tout produit avec Lewis qui reste d’un ennui mortel du début à la fin, un protagoniste masculin fade et interchangeable qui n’a strictement aucune personnalité distinctive ou mémorable.
Si l’avenir et la pérennité des Campus Drivers – cette organisation de chauffeurs étudiants qui est censée être au cœur de la série – est effectivement plus présent dans ce tome que dans les précédents, avec Amy qui doit faire ses preuves en tant que stagiaire et apprendre le métier, je reste quand même vraiment sur ma faim concernant cette partie pourtant centrale du concept. On effleure à peine les aspects pratiques, logistiques, sociaux de cette activité. Comment ça marche concrètement ? Quels sont les défis ? Les dangers ? Les satisfactions ? Tout cela reste désespérément sous-développé et superficiel.
C’est exactement la même chose frustrante pour le basket, passion et carrière potentielle de Lewis. Lewis aspire apparemment à être sélectionné dans une équipe professionnelle de NBA, ce qui devrait être un enjeu majeur de sa vie, une source de stress énorme, un objectif qui structure toute son existence. Mais c’est à peine effleuré de manière superficielle dans le récit, traité comme un détail mineur plutôt que comme l’élément central qu’il devrait être. C’est manifestement juste un prétexte narratif pratique pour ajouter artificiellement une complication dans sa relation naissante avec Amy plutôt qu’une véritable exploration de ce que signifie poursuivre un rêve sportif professionnel.
Cette instrumentalisation paresseuse d’éléments qui devraient être centraux (les Campus Drivers, le basket) uniquement pour créer des obstacles romantiques artificiels témoigne d’un manque fondamental d’ambition narrative et d’un désintérêt pour tout ce qui n’est pas strictement la romance.
Parlons justement d’Amy plus en détail, parce que c’est là que ma frustration est la plus grande. J’ai globalement bien aimé ce personnage et son entourage immédiat, surtout Raven qui est un personnage secondaire vraiment sympa et bien développé, probablement plus intéressant qu’Amy elle-même par moments. Leur amitié fonctionne bien et apporte une dimension de sororité bienvenue.
Malgré tout cela, l’auteure n’a vraiment pas du tout pris de risques narratifs avec Amy et tout au long du récit interminable, Amy tourne littéralement en rond sans progression réelle, répétant les mêmes erreurs, les mêmes schémas autodestructeurs, et c’est tellement dommage et frustrant ! J’aurais vraiment voulu voir son arc de rédemption se développer de manière beaucoup plus substantielle, progressive, crédible. Au lieu de cela, on a une stagnation presque totale pendant 70% du livre.
À part vouloir briser des crânes à tour de bras – sa réaction par défaut à tout problème étant la violence physique ou verbale –, il ne se passe vraiment pas grand-chose d’intéressant ou de significatif dans son évolution personnelle. Elle reste coincée dans les mêmes patterns, les mêmes réflexes, sans vraiment grandir ou changer malgré les opportunités qui se présentent. Et puis finalement, après un événement traumatique majeur qui est tellement télégraphié et prévisible qu’on le voit arriver des kilomètres à l’avance, elle se rend soudainement compte de toutes les conneries qu’elle a faites, elle a une épiphanie miraculeuse, et hop ! transformation instantanée en personne responsable et mature.
C’est vraiment un peu beaucoup trop facile et peu crédible comme arc de développement. Cette résolution express de tous ses problèmes psychologiques profonds est paresseuse narrativement et ne rend pas justice à la complexité qui aurait pu être explorée. Les traumatismes et les patterns autodestructeurs ne se résolvent pas avec une simple prise de conscience après un événement choc, c’est un long travail de reconstruction qui aurait mérité d’être montré plutôt qu’expédié en quelques chapitres de fin.
La romance entre Lewis et Amy est pas mal dans ses meilleurs moments, il y a une certaine chimie entre eux, mais exactement pareil, ça tourne frustratement en rond pendant l’essentiel du livre sans véritable progression. Je trouve vraiment que l’auteure cherche absolument et désespérément à trouver n’importe quelle excuse narrative ou obstacle artificiel pour que la relation soit compliquée et pour empêcher les personnages d’être ensemble. Le problème fondamental, c’est que ces obstacles ne fonctionnent pas du tout, ils semblent forcés et peu convaincants.
Les personnages se plaisent manifestement, c’est évident dès le début. Il n’y a objectivement que très peu de contraintes réelles et sérieuses pour qu’ils soient ensemble – les quelques obstacles mentionnés sont d’ailleurs vite oubliés ou balayés par l’auteure elle-même, prouvant qu’ils n’étaient pas si importants. Mais bon sang, qu’ils soient donc ensemble enfin et explorons autre chose ! Il y avait tellement d’autres problématiques potentiellement intéressantes qui auraient pu être soulevées et développées une fois le couple établi : comment Amy gère-t-elle une relation saine alors qu’elle n’en a jamais vu de modèle ? Comment Lewis concilie-t-il ses ambitions sportives professionnelles avec une relation amoureuse ? Comment ils naviguent leurs différences de background et d’expérience ?
Et malheureusement, toutes ces questions intéressantes sont complètement bâclées et expédiées à la fin du livre en quelques paragraphes rapides et superficiels. Encore une fois, on a droit à une fin cucul « et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants » où tous les problèmes se résolvent miraculeusement et facilement… franchement pathétique comme conclusion. Aucune nuance, aucune complexité, juste un happy ending mièvre et peu mérité qui efface d’un coup de baguette magique tous les problèmes qui auraient dû nécessiter un vrai travail de résolution.
Dernier point et vraiment pas des moindres dans mes frustrations avec ce tome, l’écriture de C. S. Quill qui continue de me poser énormément de problèmes. Au vu des notes généralement positives sur Livraddict et ailleurs, ça n’a apparemment pas l’air de déranger la majorité des lecteurs et lectrices qui semblent apprécier cette série. Tant mieux pour eux, sincèrement. Mais personnellement, ça a été vraiment compliqué et laborieux à lire. Jusqu’au dernier quart du livre environ, je luttais activement pour me motiver à lire ne serait-ce qu’un chapitre de plus, me forçant à continuer uniquement par obstination de finir ce que j’ai commencé.
L’écriture ne m’a absolument pas du tout emmenée sur le campus, ne m’a pas fait ressentir l’atmosphère universitaire, la vie étudiante, l’excitation ou le stress de cette période de vie. Je doute même sérieusement que C. S. Quill y ait vraiment mis les pieds dans une université américaine ou ait fait des recherches approfondies sur ce milieu… Tout sonne faux, générique, comme puisé dans d’autres romances campus plutôt que dans une observation ou une expérience réelle.
En plus de ce manque d’authenticité du setting, je trouve vraiment que l’auteure n’a absolument pas su trouver et différencier les différents tons et voix narratives pour les différents Campus Drivers masculins qui ont chacun leur tome. Quel que soit le tome que je lis, ça aurait littéralement pu être Lane du tome 1, Donovan du tome 2, ou Lewis de ce tome 3 qui parle – ils sont complètement interchangeables dans leur voix narrative, leurs façons de penser, leurs manières de s’exprimer. Il n’y a aucune personnalité distinctive, aucune voix unique.
Les personnages féminins, par contraste, sont au moins assez bien caractérisées et distinctes pour qu’on puisse les différencier – Carrie du tome 2 ne ressemble pas à Amy, elles ont des personnalités, des voix, des préoccupations différentes. Mais pas du tout les personnages masculins qui sont tous coulés dans le même moule du « mec sympa un peu alpha qui tombe amoureux ». Cette indifférenciation est un vrai problème dans une série de tomes compagnons.
En lisant l’épilogue de ce tome, je me suis franchement et sérieusement demandé qui parlait exactement. Était-ce Lewis ? Lane ? Donovan ? Impossible à dire sans vérifier le nom en haut de page parce que la voix était exactement la même, générique, sans aucune particularité. Ce n’est vraiment pas facile de faire des tomes compagnons à la première personne où chaque protagoniste a sa propre voix narrative distinctive – c’est un défi d’écriture considérable qui demande beaucoup de travail et de talent. Ici, chez Quill, c’est un flop total sur cet aspect. Elle n’a manifestement pas les compétences ou n’a pas fait l’effort nécessaire pour créer des voix narratives véritablement différenciées.
Je lirai quand même la suite de cette série, principalement parce que je crois que j’ai déjà les tomes suivants téléchargés dans ma liseuse, et aussi pour finir la série par pure obstination complétiste. C’est bon pour les stats de lecture, ça me permettra de cocher une série de plus comme terminée, mais certainement pas parce que j’ai réellement envie de découvrir la suite ou que j’attends quoi que ce soit de qualité des volumes restants. À ce stade, c’est juste une corvée à terminer plutôt qu’un plaisir de lecture.
Crashtest est un troisième tome décevant qui confirme les faiblesses structurelles de la série Campus Drivers. Amy est un personnage potentiellement intéressant gâché par une écriture paresseuse et des clichés, Lewis est d’un ennui mortel, leur romance tourne en rond inutilement, les aspects Campus Drivers et basket sont sous-exploités honteusement, et l’écriture de Quill reste médiocre avec une incapacité flagrante à différencier les voix narratives masculines. La fin expédiée et mièvre ne fait qu’aggraver le sentiment de gâchis. Si vous avez adoré les tomes précédents, celui-ci vous plaira probablement aussi. Mais si comme moi vous aviez déjà des réserves, ce tome ne fera qu’aggraver votre déception. Je ne peux vraiment pas recommander cette série qui gaspille systématiquement son potentiel et qui démontre les limites d’une auteure qui n’a manifestement pas les compétences nécessaires pour gérer une série de tomes compagnons à voix multiples. Lisez plutôt de meilleures romances campus, il en existe des dizaines de supérieures !
La fiche du livre :
Série en cours :
– tome 01 : Supermad
– tome 02 : Book Boyfriend
– tome 03 : Crashtest
– tome 04 : Love Machine
– tome 05 : Good Luck
