
Titre : Les Voleurs de fumée, tome 03 : A feu et à sang
Auteur : Sally Green
Date de parution : 5 janvier 2022
Editeur : J’ai Lu
Format : Ebook
Genre : Fantasy
Lectorat : Young Adult
Nombre de pages : 467
Résumé :
La guerre s’étend maintenant à tout le pays, et le roi Aloysius resserre son étau sur le Plateau septentrional, centre de toutes les attentions. Catherine et Ambrose se donnent pour mission désespérée de saboter l’approvisionnement de son armée en fumée de démon. Pendant ce temps-là, March, banni du Calidor par le père de celui qu’il aime, infiltre le contingent des adolescents de l’armée brégantine.
De son côté, Tash, restée coincée dans le monde des démons, va faire une découverte qui pourrait changer non seulement le cours du conflit, mais aussi l’histoire…
Avis :
Sans surprise, ce dernier tome a été une véritable torture à lire, et c’est d’autant plus frustrant et rageant qu’il y a quand même de bonnes choses, des moments intéressants, des idées qui auraient pu fonctionner si elles avaient été mieux exécutées. Tout n’est absolument pas à jeter dans ce tome final, et je trouve que c’est précisément la frustration ultime : entrevoir le potentiel de ce que cette série aurait pu être, voir des éclairs de qualité qui prouvent que les bases étaient là, mais constater que l’ensemble échoue lamentablement à réaliser ce potentiel. C’est presque pire qu’un livre complètement raté de bout en bout, parce que cela me laisse avec ce sentiment amer de gâchis, de promesses non tenues, d’opportunités manquées.
J’ai été happée et vraiment captivée par les relations entre les personnages, et c’est probablement le seul aspect du roman qui a réellement fonctionné pour moi et qui m’a permis de continuer ma lecture jusqu’à la fin malgré tous les défauts écrasants. Green a un certain talent pour créer des connexions émotionnelles entre ses personnages, pour construire des relations – qu’elles soient amicales ou amoureuses – qui semblent authentiques et qui génèrent un investissement émotionnel réel chez le lecteur. Et même si je déteste profondément quand les couples (amicaux ou amoureux) sont séparés et éparpillés géographiquement, je dois reconnaître que cela me donne envie de lire la suite pour découvrir enfin les retrouvailles tant attendues, pour voir comment ces personnes qui comptent l’une pour l’autre vont se retrouver et surmonter les obstacles qui les séparent. En cela, l’auteure m’a effectivement conquise et a réussi à maintenir mon intérêt malgré tout le reste qui ne fonctionnait pas.
Comme dans les tomes précédents, Edyon et March sont les personnages qui m’ont le plus touchée et avec lesquels j’ai le plus sympathisé, malgré le trope de trahison qui est utilisé dans leur arc narratif et que je déteste viscéralement. La trahison comme dispositif dramatique est un de mes tropes les moins préférés parce qu’il génère souvent un drama artificiel et douloureux qui pourrait être évité avec une simple conversation honnête. Mais Green parvient à gérer cet aspect avec suffisamment de nuance et de justification émotionnelle pour que je puisse accepter, même si cela me rend profondément inconfortable. March, banni du Calidor par le père d’Edyon et contraint d’infiltrer le contingent des adolescents de l’armée brégantine vit une situation absolument déchirante qui génère une vraie empathie.
Leur relation reste le cœur émotionnel de la série pour moi, leur amour malgré tous les obstacles – différences de classe sociale, séparations forcées, trahisons douloureuses mais compréhensibles, dangers constants – est ce qui m’a fait continuer à tourner les pages même quand tout le reste m’agaçait profondément. Leur arc dans ce tome final, bien que douloureux, apporte au moins une certaine résolution émotionnelle à leur histoire, et c’est probablement le seul élément du dénouement qui m’a satisfaite.
Mais paradoxalement, et c’est une surprise pour moi, j’ai beaucoup moins aimé suivre Tash dans ce dernier tome alors qu’elle était l’un de mes personnages préférés dans les volumes précédents. Je trouve franchement redondant et répétitif les événements qui la concernent dans ce troisième volume. Elle reste coincée dans le monde des démons et même si elle finit par faire une découverte qui pourrait changer l’histoire, le chemin pour y arriver est interminable et ennuyeux. On a l’impression qu’elle tourne en rond, vivant les mêmes types de situations encore et encore, faisant face aux mêmes types de dangers, sans véritable progression narrative jusqu’à la révélation finale qui arrive trop tard pour compenser toute la stagnation précédente.
Tash méritait mieux que cet arc narratif qui la piège littéralement et métaphoriquement dans une boucle répétitive. Son personnage, qui était si dynamique et rafraîchissant dans les premiers tomes avec son pragmatisme, son humour caustique, et son refus des conventions, devient presque ennuyeux ici parce qu’elle n’a rien de nouveau à faire, rien de nouveau à nous montrer. C’est un gaspillage considérable d’un personnage qui avait tant de potentiel.
Autre surprise, et celle-là est positive, la partie concernant Catherine m’a beaucoup plu alors que c’était loin d’être mon personnage favori dans les tomes précédents. Catherine et Ambrose se lancent dans une mission désespérée, et cette intrigue d’espionnage et de sabotage fonctionne étonnamment bien. On a enfin Catherine qui fait quelque chose d’actif, qui prend des initiatives, qui utilise son intelligence et son courage pour des actions concrètes plutôt que de simplement réagir passivement aux événements ou de se morfondre sur sa romance compliquée avec Ambrose.
J’ai particulièrement adoré le personnage de Tzain qui est introduit plus substantiellement dans ce tome. Avec ses faiblesses ouvertement reconnues et son impuissance assumée, il est obligé de faire confiance à Catherine pour gérer et commander son armée, et cette dynamique est absolument fascinante et rafraîchissante. Tzain n’est pas le prince parfait, le leader militaire naturel, le guerrier invincible qu’on trouve si souvent dans la fantasy YA. C’est quelqu’un de profondément humain, conscient de ses limitations, qui reconnaît que d’autres sont plus compétents que lui dans certains domaines et qui a l’intelligence et l’humilité de leur faire confiance et de leur déléguer le pouvoir.
Cette représentation d’un leadership basé sur la reconnaissance de ses propres faiblesses et sur la capacité à s’entourer de personnes compétentes est beaucoup plus intéressante et mature que le schéma habituel du héros qui excelle naturellement en tout. De plus, cela permet à Catherine de vraiment briller et de montrer ses compétences stratégiques et militaires sans que cela soit minimisé ou éclipsé par un personnage masculin. La confiance que Tzain lui accorde, le respect qu’il lui témoigne en tant que commandante, crée une dynamique saine et égalitaire qui contraste agréablement avec beaucoup d’autres relations dans la série et dans le genre en général.
Malheureusement, ces quelques aspects positifs sont noyés dans un océan de médiocrité et de problèmes majeurs. Tout le reste est franchement à jeter sans regret. L’intrigue principale est absolument molle, sans saveur, sans tension véritable, sans surprises intéressantes. Cette guerre devrait être épique, haletante, remplie d’enjeux énormes et de moments dramatiques puissants. Au lieu de cela, on a une succession d’événements qui semblent se dérouler mollement, sans véritable urgence, sans que je me sente jamais vraiment investie dans l’issue du conflit.
J’ai eu plus d’un haussement de sourcil dédaigneux et excédé en lisant ce tome, particulièrement face aux tournures d’intrigue prévisibles, aux résolutions faciles et peu crédibles de situations apparemment impossibles, aux coïncidences trop pratiques qui arrangent l’auteure quand elle a écrit ses personnages dans un coin. C’est de l’écriture paresseuse qui ne respecte pas l’intelligence du lecteur et qui préfère les solutions de facilité narratives plutôt que de véritablement s’engager avec la complexité des situations qu’elle a elle-même créées.
Et le style d’écriture ! Le style d’écriture est une véritable agression pour les yeux et pour l’esprit, et c’était déjà un problème majeur dans les deux tomes précédents mais cela semble encore empirer dans ce dernier volume. Rien ne va dans la prose de Green – les phrases sont maladroites, la construction est simpliste à l’extrême, le vocabulaire est limité et répétitif, les dialogues sonnent faux, les descriptions sont soit inexistantes soit ternes et génériques. C’est le genre d’écriture qui vous sort constamment de l’immersion parce qu’elle attire l’attention sur sa propre médiocrité plutôt que de s’effacer pour laisser place à l’histoire.
Très honnêtement, il n’est vraiment pas difficile d’imaginer une réécriture complète de cette série mais en infiniment mieux, avec beaucoup plus d’action dynamique et bien chorégraphiée, beaucoup moins de bla-bla interminable qui ne sert strictement à rien et qui fait juste du remplissage de pages, et une mise en avant intelligente et approfondie des quelques vraies qualités que ces romans possèdent. Les bases étaient là : un concept intéressant avec les démons et leur fumée aux propriétés spéciales, des personnages qui auraient pu être fascinants avec un meilleur développement, des relations émotionnelles qui fonctionnent déjà partiellement, un cadre de guerre et de conflit politique qui offre des possibilités dramatiques infinies.
Mais Green n’a tout simplement pas les compétences narratives, stylistiques, ou le worldbuilding nécessaires pour transformer ces bases prometteuses en une série véritablement réussie. Un auteur plus talentueux et plus expérimenté aurait pu prendre exactement les mêmes éléments et en faire quelque chose de vraiment captivant, d’émotionnellement puissant, d’intellectuellement stimulant. Au lieu de cela, on a une série qui rate systématiquement la cible, qui gaspille son potentiel, et qui laisse le lecteur frustré et déçu.
Ce troisième tome n’a absolument pas répondu à mes questions sur le monde imaginaire, sur le système de magie, sur l’histoire de cet univers, sur la nature des démons et de leur fumée, et c’est peut-être l’aspect le plus frustrant de toute cette lecture. Après trois tomes entiers, je m’attendais légitimement à avoir des réponses claires et satisfaisantes sur le fonctionnement de ce monde. Comment la fumée fonctionne-t-elle exactement ? Quelles sont les règles qui gouvernent son utilisation ? D’où viennent les démons ? Quelle est leur nature véritable ? Pourquoi certaines personnes peuvent-elles absorber la fumée et d’autres non ? Quelle est l’histoire de ce monde, comment les différents royaumes se sont-ils formés ? Toutes ces questions fondamentales de worldbuilding restent largement sans réponse ou sont expédiées avec des explications superficielles et insatisfaisantes.
Et l’explication finale sur les démons, celle qui est censée être la grande révélation du dernier tome, m’a littéralement fait lever les yeux au ciel tant elle est décevante, simpliste, et peu imaginative. Sans la spoiler pour ceux qui voudraient malgré tout lire cette série (ce que je déconseille fortement), disons simplement qu’elle ne justifie absolument pas tout le mystère qui a été construit autour d’eux pendant trois tomes, qu’elle soulève plus de questions qu’elle n’en résout, et qu’elle témoigne d’un manque flagrant d’imagination et d’originalité de la part de Green.
J’aurais tellement aimé que l’auteure prenne beaucoup plus de risques narratifs et créatifs, qu’elle crée un monde véritablement original de A à Z avec des explications intéressantes, cohérentes et bien pensées sur tous les phénomènes surnaturels et les mécaniques magiques qu’elle y développe. Au lieu de cela, on a un worldbuilding qui semble avoir été fait au fil de l’eau, sans véritable plan d’ensemble, avec des incohérences qui s’accumulent, et des explications de dernière minute qui ne tiennent pas vraiment la route quand on y réfléchit sérieusement.
J’aurais tellement voulu aimer cette série qui, dans le synopsis alléchant du premier tome, avait absolument tout pour me plaire : des démons mystérieux, une substance magique qui leur est volée, plusieurs perspectives de personnages avec des backgrounds différents, de l’intrigue politique, de la guerre, des romances, un univers fantasy original. Sur le papier, c’était exactement le type de série que je dévore habituellement avec passion. Malheureusement, pour moi, c’est un échec cuisant et retentissant sur pratiquement tous les plans. L’exécution ne suit tout simplement pas les promesses du concept, et le résultat final est profondément décevant.
À feu et à sang est une conclusion frustrante et insatisfaisante pour une trilogie qui n’a jamais réussi à réaliser son potentiel. Quelques bonnes idées et quelques relations émotionnelles fonctionnelles ne suffisent pas à compenser une écriture médiocre, un worldbuilding superficiel et incohérent, une intrigue molle, et un manque général d’imagination et d’ambition narrative. Je ne peux pas recommander cette série, même aux fans de YA fantasy les plus indulgents. Il existe tellement de meilleures options dans le genre – des séries qui respectent l’intelligence de leurs lecteurs, qui construisent des univers cohérents et fascinants, qui développent des personnages complexes, et qui livrent des intrigues captivantes du début à la fin. Les Voleurs de fumée n’est malheureusement pas l’une d’elles, et je suis soulagée d’en avoir terminé avec cette lecture décevante pour pouvoir enfin passer à quelque chose de meilleur.
Série terminée :
–tome 01
– tome 02 : Le Monde des démons
– tome 03 : A feu et à sang
