
Titre : Kalliopée, tome 03 : Le Dilemme d’une reine
Auteur : Koko Nhan
Date de parution : 12 février 2021
Editeur : Cherry Publishing
Format : Ebook
Genre : Romantasy
Lectorat : Adulte
Nombre de pages : 352
Résumé :
Bien décidée à protéger son futur enfant des projets du roi de Lapisia, Kalliopée se réfugie à Viridia. Cependant, le retour n’est pas aussi facile qu’elle l’aurait imaginé. L’absence de Karel lui pèse. Alors quand se présente une opportunité qu’elle n’aurait jamais crue possible, montrer ce dont elle est capable à son propre peuple, Kalliopée s’en empare. Peut-être pourra-t-elle oublier sa peine en se concentrant sur ce nouvel objectif. Mais parviendra-t-elle à garder ses convictions secrètes dans l’espoir d’être couronnée ou ne pourra-t-elle s’empêcher de prendre la défense des plus faibles avant d’atteindre le pouvoir ?
Avis :
Je suis soulagée d’avoir enfin fini cette trilogie, mais j’ai vraiment l’impression d’être passée complètement à côté de la hype et de l’engouement que cette série semble avoir généré. Après un premier tome qui m’avait laissée mitigée malgré quelques aspects intéressants, et un deuxième qui ne m’avait que moyennement convaincue avec ses conflits artificiels et répétitifs entre Kalliopée et Karel, j’espérais sincèrement que ce troisième et dernier volume redresserait la barre et offrirait une conclusion satisfaisante qui justifierait l’investissement de temps et d’énergie consacré à cette lecture. Malheureusement, mes espoirs ont été cruellement déçus.
J’ai trouvé ce tome franchement nul, et je pèse mes mots. C’est dur de dire ça d’un livre qui manifestement trouve son public et qui reçoit des critiques enthousiastes ailleurs, mais je dois être honnête sur mon ressenti : ce dernier tome m’a profondément déçue et frustrée. Il apporte finalement très peu de choses au récit global et au développement des personnages principaux. Après trois tomes, on pourrait légitimement s’attendre à ce que les personnages aient évolué de manière significative, à ce que l’univers se soit enrichi et approfondi, à ce que les thématiques annoncées aient été véritablement explorées. Au lieu de cela, on se retrouve avec un tome qui semble tourner en rond, qui recycle des conflits déjà vus dans les volumes précédents, et qui ne parvient jamais à atteindre la profondeur ou l’ampleur qu’on attendrait d’une conclusion de trilogie.
En le terminant, ma première réaction a été de me dire : tout ça pour ça… Après avoir suivi Kalliopée pendant trois livres, après avoir investi du temps dans cet univers dystopique où les femmes sont opprimées de manière extrême, après avoir espéré voir une vraie exploration de ces thématiques difficiles et une résolution satisfaisante, on se retrouve avec une fin qui laisse un goût d’inachevé, de bâclé, de gâché. C’est cette sensation frustrante d’avoir été menée en bateau, d’avoir cru qu’on allait quelque part d’intéressant et de se rendre compte finalement qu’on a tourné en rond pendant trois volumes pour arriver à une destination décevante et prévisible.
Les sujets intéressants comme le féminisme et l’inclusion sont complètement bâclés. C’était déjà ma principale frustration avec les tomes 1 et 2 : Koko Nhan pose un décor dystopique fascinant où les femmes sont systématiquement opprimées et punies pour les fautes des hommes, mais elle n’explore jamais vraiment en profondeur les origines de ce système, ses mécanismes, ses implications psychologiques et sociales. Dans ce troisième tome, j’espérais sincèrement qu’elle allait enfin creuser ces questions, nous donner des réponses, montrer comment on peut combattre et transformer un tel système. Au lieu de cela, le féminisme est traité de manière superficielle, presque comme un vernis idéologique appliqué sur une romance qui reste finalement assez conventionnelle. Les grandes questions sur l’oppression systémique, sur la résistance collective, sur la déconstruction des structures patriarcales, tout cela est soit ignoré, soit résolu de manière simpliste et individuelle plutôt que structurelle.
Et la fin ! La fin est tout aussi bâclée que le traitement des thématiques, voire pire. Après avoir construit (laborieusement) pendant trois tomes vers une conclusion, Koko Nhan semble pressée d’en finir et expédie la résolution de manière précipitée et peu satisfaisante. Les enjeux qui semblaient énormes se dégonflent rapidement, les solutions aux problèmes complexes arrivent de manière trop commode, et on a droit à une fin qui vise manifestement le « happy ending » sans se soucier de savoir si cette fin est véritablement méritée ou cohérente avec tout ce qui a précédé. Les implications du système oppressif qui structure toute la société ne sont pas vraiment résolues, on nous offre plutôt une solution individuelle – Kalliopée et Karel sont heureux ensemble – qui ne change rien fondamentalement aux structures qui oppriment toutes les autres femmes de cet univers. C’est narrativement et politiquement frustrant.
J’ai vraiment l’impression que l’auteure ne savait plus comment étoffer sa narration et faire progresser son histoire de manière intéressante. Cette sensation était déjà présente dans le tome 2 avec les conflits répétitifs et artificiels entre les personnages principaux, mais elle devient carrément évidente dans ce dernier volume. Les événements semblent se succéder sans réelle logique narrative forte, plutôt pour remplir des pages et atteindre un certain nombre de mots que pour faire véritablement avancer l’intrigue ou développer les personnages. Il y a un manque criant de structure narrative solide, de construction dramatique efficace, de montée en tension qui mènerait vers un climax satisfaisant. Au lieu de cela, on a une succession de scènes qui varient en intensité de manière aléatoire, sans véritable progression ni momentum narratif.
J’ai vraiment eu l’impression de tourner en rond pendant une grande partie du roman, revivant les mêmes types de scènes, les mêmes types de conflits, les mêmes dynamiques que dans les tomes précédents sans qu’il y ait de véritable évolution ou de progression. Cette répétitivité, qui m’avait déjà agacée dans le tome 2, devient carrément insupportable ici parce qu’on est censé être dans le tome final, celui qui devrait élever les enjeux, surprendre le lecteur, offrir quelque chose de nouveau et de décisif.
Je n’ai vu que des situations très stéréotypées, des lieux communs narratifs recyclés à l’infini, et des résolutions de problèmes complètement bateaux et terriblement attendues. Chaque obstacle que rencontrent les personnages se résout de la manière la plus prévisible qui soit, sans surprise, sans twist intéressant, sans cette satisfaction qu’on éprouve quand un auteur parvient à nous surprendre tout en restant cohérent avec ce qui a été établi précédemment. Les antagonistes sont unidimensionnels et prévisibles, leurs plans sont transparents, leurs défaites sont téléphonées des chapitres à l’avance. Les alliés apparaissent exactement quand c’est pratique narrativement. Les dilemmes moraux qui auraient pu être intéressants sont résolus de manière simpliste sans vraiment explorer leurs implications. C’est une écriture paresseuse qui se contente de suivre les chemins les plus battus de la romance dystopique sans jamais essayer de faire quelque chose d’original ou de surprenant.
J’ai trouvé particulièrement longues et ennuyeuses les parties où Karel et Kalliopée sont séparés, qui constituent une portion considérable de ce tome. Je comprends que la séparation forcée est un trope classique de la romance qui permet de créer du suspens et de la tension, de faire grandir le désir et l’anticipation des retrouvailles. Mais pour que cela fonctionne, il faut que les personnages fassent des choses intéressantes pendant leur séparation, qu’ils évoluent individuellement, qu’ils vivent des expériences qui vont enrichir leur relation quand ils se retrouveront. Ici, les chapitres de séparation sont juste… vides. Il ne se passe pas grand-chose d’intéressant ou de significatif. Ces passages auraient pu être l’occasion de développer leurs personnalités individuelles indépendamment de leur relation, de les confronter à des défis qui les feraient grandir en tant que personnes, mais au lieu de cela on a droit à des scènes qui s’éternisent sur leur manque mutuel sans vraiment faire avancer quoi que ce soit. C’est du remplissage pur et simple, et ça se sent.
Je trouve vraiment que l’auteure aurait pu faire tellement mieux avec le personnage de Karel, qui est de loin le plus intéressant et le plus complexe de la série. C’est d’ailleurs un paradoxe frustrant de cette trilogie : les titres de la série sont tous tournés vers le personnage féminin, Kalliopée, dont on suit les péripéties et qui est censée être le cœur de l’histoire. Le premier tome s’appelle « Le destin d’une princesse », le deuxième « Le tribut d’une épouse », le troisième « Le dilemme d’une reine » – tout est centré sur elle, sur ses différents rôles et statuts. Pour autant, force est de constater que le personnage le plus intéressant, le plus nuancé, le plus porteur de potentiel narratif et émotionnel est sans aucun doute Karel. Lui a une vraie profondeur, de vraies contradictions internes, un vrai arc de transformation potentiel. Lui est pris entre son amour pour Kalliopée et ses devoirs royaux, entre sa conscience des injustices du système et son rôle dans ce même système, entre son désir de protéger Kalliopée et le besoin de la traiter en égale. Tous ces conflits sont fascinants et auraient mérité d’être explorés en profondeur.
J’aurais vraiment aimé avoir l’histoire racontée de son point de vue, avec un récit beaucoup plus sombre et tourmenté qui aurait exploré ses dilemmes moraux, ses compromissions, sa culpabilité, sa lutte pour changer un système dont il est à la fois bénéficiaire et prisonnier. Un récit qui aurait montré comment un homme élevé dans ce système patriarcal horrifique tente de se déconstruire, de remettre en question ce qu’on lui a enseigné, de devenir un allié véritable plutôt qu’un simple sauveur paternaliste. Cela aurait été infiniment plus intéressant et plus original que de suivre encore une fois le point de vue d’une héroïne passive qui subit les événements plus qu’elle n’agit sur eux. Karel avait le potentiel d’être un protagoniste vraiment mémorable et complexe, mais ce potentiel est complètement gâché par le choix narratif de le reléguer au rôle de love interest et de le filtrer uniquement à travers le regard de Kalliopée.
D’ailleurs, je cherche toujours les fameux « dilemmes de la reine » annoncés dans le titre de ce troisième tome. Quels sont-ils exactement ? Kalliopée est systématiquement mise de côté dans toutes les décisions importantes parce qu’elle est une femme, elle n’a quasiment aucun pouvoir réel, aucune agentivité véritable dans les affaires du royaume. Les décisions sont prises par Karel et par les conseillers masculins, Kalliopée est au mieux consultée, au pire totalement ignorée. Alors où sont ses dilemmes de reine ? Quels choix difficiles doit-elle faire qui mettraient en jeu des valeurs contradictoires, qui auraient des conséquences importantes sur le royaume, qui révéleraient son caractère et sa croissance en tant que leader ? Je n’en ai vu aucun. Le titre promet une exploration de ce que signifie être reine, des responsabilités et des difficultés inhérentes à ce rôle, mais le roman ne livre absolument pas sur cette promesse. Kalliopée est reine de nom mais pas de fait, et le roman ne semble même pas conscient de cette contradiction ou intéressé à l’explorer.
Et c’est là que réside la plus grande frustration de toute cette trilogie : l’absence totale d’exploitation du système politique qui est pourtant au cœur même de l’univers créé par l’auteure. Koko Nhan a construit un système monarchique dystopique fascinant dans ses grandes lignes – un royaume où les femmes n’ont aucun droit, où elles sont punies pour les fautes des hommes, où les lois et les traditions maintiennent une oppression systémique. Ce système politique aurait dû être l’élément central de la trilogie, le terrain sur lequel se jouent tous les conflits, l’enjeu majeur que les personnages doivent affronter et transformer. Mais au lieu de cela, ce système reste constamment en arrière-plan, comme un simple décor dystopique générique qui justifie les obstacles rencontrés par le couple principal sans jamais être véritablement disséqué, analysé, ou remis en question de manière substantielle.
Comment fonctionne exactement la succession au trône ? Quelles sont les différentes factions politiques au sein de la cour et quels sont leurs intérêts ? Comment le pouvoir est-il distribué entre le roi, les conseillers, la noblesse ? Quels sont les mécanismes légaux et institutionnels qui maintiennent l’oppression des femmes ? Y a-t-il des dissidents, des mouvements de résistance, des tentatives historiques de réforme qui ont échoué ? Toutes ces questions, essentielles pour comprendre l’univers et pour donner de la profondeur à l’intrigue, restent sans réponse. On nous montre les conséquences du système – les femmes souffrent, Kalliopée est impuissante – mais on ne nous montre jamais vraiment comment ce système fonctionne concrètement, quels sont les rouages qui le maintiennent en place, quelles seraient les leviers pour le changer.
Kalliopée devient reine, mais on ne voit jamais ce que cela signifie politiquement. Elle n’apprend pas à naviguer dans les intrigues de cour, elle ne construit pas d’alliances stratégiques, elle ne développe pas de compréhension approfondie des forces politiques en jeu, elle ne manœuvre pas pour obtenir du pouvoir malgré les obstacles systémiques. Elle reste une figure passive, ornementale, exactement ce que le système patriarcal attend d’une reine – belle, docile, sans influence réelle. Et le roman ne semble même pas conscient du potentiel narratif gâché ici ! On aurait pu avoir une histoire captivante de Kalliopée apprenant à jouer le jeu politique, utilisant son intelligence pour contourner les restrictions qui lui sont imposées, construisant progressivement un réseau de soutien, accumulant du pouvoir de manière subtile et stratégique jusqu’à être en position de vraiment changer les choses. Au lieu de cela, elle attend que Karel et d’autres hommes règlent les problèmes pour elle.
Le système politique aurait également pu être une source inépuisable de tension dramatique et de conflits intéressants. Les luttes de pouvoir entre différentes factions nobiliaires, les tentatives de coup d’État, les complots d’assassinat, les alliances matrimoniales stratégiques, les révoltes populaires, les tensions avec les royaumes voisins – tout cela aurait pu enrichir considérablement l’intrigue et donner des enjeux qui dépassent la simple romance entre Kalliopée et Karel. Mais Koko Nhan semble complètement désintéressée par ces aspects pourtant fondamentaux d’une histoire se déroulant dans un contexte monarchique. On a l’impression qu’elle a créé ce système politique uniquement comme obstacle romantique – pour séparer Kalliopée et Karel, pour créer des malentendus entre eux – sans jamais vouloir vraiment l’explorer pour lui-même ou en faire un véritable personnage de l’histoire.
L’auteure a manifestement voulu parler de féminisme, c’est évident dans sa construction d’univers et dans certains de ses choix thématiques. Mais finalement, selon moi, elle ne fait que montrer les effets du machisme et du patriarcat de la royauté sans jamais vraiment proposer une critique construite, une analyse approfondie, ou surtout des pistes de résistance et de transformation. Montrer l’oppression ne suffit pas à faire une œuvre féministe, encore faut-il proposer une réflexion sur cette oppression, donner de la voix et de l’agentivité aux opprimées, montrer des formes de résistance individuelle et collective. Ici, on a un système horrible, on voit Kalliopée en souffrir, mais on n’a jamais vraiment de réflexion construite sur comment on pourrait le changer, sur comment les femmes de cet univers pourraient s’organiser, résister, se soutenir mutuellement. La « solution » semble être qu’un homme bon (Karel) traite bien « sa » femme, ce qui est une vision extrêmement limitée et individualisée du féminisme qui ne s’attaque pas du tout aux structures systémiques d’oppression. C’est du féminisme de façade, cosmétique, qui ne dérange personne et qui ne change rien fondamentalement.
Les personnages secondaires sont absolument vides et complètement sous-exploités, ce qui était déjà un problème dans les tomes précédents mais qui devient encore plus flagrant ici. Ce sont à peine des faire-valoir ratés du couple principal, des silhouettes unidimensionnelles qui existent uniquement pour servir l’intrigue quand c’est pratique et qui disparaissent dans le néant le reste du temps. Ils n’ont pas de personnalité distincte, pas d’arcs de développement propres, pas de motivations complexes ou de vies qui existeraient indépendamment du couple principal. Les alliés de Kalliopée apparaissent quand elle a besoin de soutien, puis s’évanouissent. Les antagonistes sont caricaturalement méchants sans nuance ni profondeur. Les membres de la famille royale, qui auraient pu apporter de la richesse dramatique avec leurs propres agendas et conflits, restent des figurants flous. Cette pauvreté du cast secondaire appauvrit considérablement l’univers et rend le monde de cette série étrangement vide et peu crédible. Un bon worldbuilding nécessite une population de personnages secondaires vivants et crédibles qui donnent l’impression qu’il existe un monde au-delà de ce que vivent les protagonistes. Ici, on a l’impression d’un décor en carton-pâte peuplé de figurants sans substance.
Je ne lirai définitivement pas d’autres romans de Koko Nhan. Après trois tomes qui m’ont déçue à des degrés divers, après avoir donné de multiples chances à cette auteure de me convaincre et de tenir les promesses de son concept initial, je dois accepter que son style narratif, ses choix thématiques, et son exécution ne correspondent simplement pas à ce que je recherche dans mes lectures. La vie est trop courte et ma pile à lire est trop haute pour continuer à investir du temps dans un auteur dont le travail ne me satisfait pas. Cette conclusion de trilogie décevante m’a définitivement convaincue que Koko Nhan et moi ne sommes pas faites l’une pour l’autre en tant qu’auteure et lectrice, et je vais désormais consacrer mon temps de lecture à d’autres univers et d’autres plumes qui sauront mieux répondre à mes attentes.
Le dilemme d’une reine est une conclusion frustrante et décevante pour une trilogie qui avait un potentiel intéressant mais qui n’a jamais su l’exploiter correctement. Les thématiques féministes et inclusives sont traitées de manière superficielle, les personnages ne se développent pas de manière satisfaisante, l’intrigue tourne en rond, la fin est bâclée, et l’ensemble donne l’impression d’une opportunité gâchée. Le personnage le plus intéressant (Karel) est sous-utilisé, l’héroïne éponyme reste passive et sans véritable agentivité, et les personnages secondaires sont inexistants. Si vous cherchez une dystopie féministe réfléchie et bien construite, ou une romance avec des personnages complexes et une vraie profondeur émotionnelle, passez votre chemin. Cette série ne tient pas ses promesses et ne mérite pas le temps et l’énergie qu’on y investit. Je suis soulagée d’en avoir fini et je peux enfin passer à des lectures qui, je l’espère, sauront mieux me satisfaire et me transporter.
La fiche du livre :
Série terminée :
– tome 01 : Le Sacrifice d’une princesse
– tome 02 : Le Tribut d’une épouse
– tome 03 : Le Dilemme d’une reine
