
Titre : Kalliopée, tome 02 : Le Tribut d’une épouse
Auteur : Koko Nhan
Date de parution : 27 novembre 2020
Editeur : Cherry Publishing
Format : Ebook
Genre : Romantasy
Lectorat : Adulte
Nombre de pages : 352
Résumé :
Enfin mariée au prince Karel, Kalliopée découvre le rôle cruel d’une épouse.
Malgré l’amour du futur roi, les chaînes qui entravent désormais ses poignets sont plus dangereuses qu’elle ne s’y attendait. Et son statut de princesse ne lui épargne aucune souffrance.
Utilisée, manipulée, blessée, Kalliopée éprouve les sorts les plus sombres que son monde réserve aux femmes. Néanmoins, des alliés de taille sont prêts à se ranger à ses côtés… Et pour prouver sa loyauté à son nouveau peuple, la princesse ne compte reculer devant rien. Pas même la promesse de la mort.
Mais Karel, lui, peut-il vouer la même loyauté à sa femme qu’elle n’en témoigne à son royaume ? Ou l’ombre de son père est-elle encore trop grande ?
Avis :
Je suis mitigée à propos de ce livre, et ce sentiment d’ambivalence persiste après la lecture de ce deuxième tome. Je l’ai préféré au premier volume, c’est indéniable – il y a une progression dans l’intrigue, une certaine montée en tension, et quelques scènes réussies qui m’ont davantage accrochée que lors de ma découverte de la série. Cependant, même avec cette amélioration relative, ce n’est clairement pas de la grande littérature de l’imaginaire. Koko Nhan a des idées intéressantes et pose les bases d’un univers qui pourrait être fascinant, mais l’exécution reste inégale et ne parvient pas à atteindre le niveau de profondeur et de maîtrise narrative qu’on trouve chez les grands auteurs du genre. C’est une lecture divertissante par moments, frustrante à d’autres, mais qui ne laissera probablement pas une empreinte durable.
J’ai sincèrement apprécié les thèmes abordés par l’auteure, notamment la condition de la femme, qui est au cœur de cet univers et qui constitue son aspect le plus intéressant. Sur ce thème spécifique, on pourrait véritablement se croire dans une dystopie où les femmes sont devenues les esclaves des hommes, où leur statut s’apparente à celui d’objets ou de propriétés plutôt que d’êtres humains à part entière. Ce qui est particulièrement glaçant, c’est cette logique perverse où la punition des fautes commises par les hommes est systématiquement infligée aux femmes. Un homme commet un crime ou une erreur ? C’est sa femme, sa fille, sa sœur qui en paiera le prix. Cette inversion monstrueuse de la responsabilité individuelle crée un système d’oppression où les femmes vivent dans une terreur constante, non seulement de leurs propres actions, mais aussi de celles des hommes de leur entourage sur lesquels elles n’ont aucun contrôle. C’est un mécanisme d’oppression particulièrement vicieux qui maintient les femmes dans une position de vulnérabilité absolue et de dépendance totale. Koko Nhan décrit ce système avec des détails qui glacent le sang, et on sent qu’elle cherche à dénoncer les mécanismes réels d’oppression patriarcale en les poussant à leur extrême logique dystopique.
Mais je regrette profondément que l’auteure n’ait pas approfondi le sujet comme il le méritait. C’était exactement ma frustration avec le premier tome : des idées prometteuses mais une exploration superficielle qui ne va jamais vraiment au bout de ses implications. Ici, cette frustration persiste et s’aggrave même. Il n’y a pas vraiment d’explication claire sur comment cette société en est arrivée là, sur le processus historique qui a conduit à une telle déshumanisation des femmes. Comment un monde entier peut-il basculer dans un système aussi extrême ? Quels événements, quelles crises, quelles idéologies ont permis cette régression catastrophique ? Y a-t-il eu des résistances, des révoltes écrasées ? Comment les femmes elles-mêmes ont-elles intériorisé ce système au point que beaucoup semblent l’accepter comme naturel ? Pourquoi, dans l’Histoire de cet univers, en sont-ils arrivés à de telles extrémités ? Toutes ces questions restent sans réponse, ou alors n’obtiennent que des réponses vagues et insatisfaisantes. Koko Nhan nous présente ce monde oppressif comme un décor déjà établi sans nous donner les clés pour vraiment le comprendre. Cette absence de profondeur historique et sociologique appauvrit considérablement l’univers et empêche le lecteur de saisir pleinement les enjeux. On reste à la surface d’un système horrible sans jamais vraiment plonger dans ses racines, ses mécanismes profonds, ses contradictions internes. C’est dommage parce qu’avec un worldbuilding plus approfondi, cette série aurait pu être une dystopie glaçante et pertinente sur l’oppression de genre. Au lieu de cela, elle reste une romance avec un décor dystopique qui n’est pas exploité à son plein potentiel.
Le couple Kalliopée/Karel est mignon dans certaines scènes, je dois le reconnaître. Il y a des moments de tendresse, de complicité, de vulnérabilité partagée qui fonctionnent et qui créent une réelle connexion émotionnelle entre les deux personnages. Ces instants où ils se comprennent vraiment, où ils trouvent du réconfort l’un dans l’autre malgré le contexte horrible dans lequel ils évoluent, sont probablement les meilleurs passages du livre. On sent alors le potentiel de leur relation, ce qu’ils pourraient être ensemble s’ils arrêtaient de se mettre des bâtons dans les roues mutuellement. Kalliopée montre par moments une force et une détermination qui la rendent attachante, et Karel, lorsqu’il n’est pas en train de jouer les alpha possessifs insupportables, peut se révéler attentionné et profond.
Mais la plupart du temps, ils m’ont franchement exaspérée tous les deux. Leur relation oscille constamment entre passion et conflit, et pas de la manière saine qui caractérise les couples qui apprennent à se connaître et à gérer leurs différences, mais de la manière répétitive et artificielle qui finit par lasser. J’ai vraiment l’impression que pour créer du suspens et de la tension, l’auteure fait exprès de les faire se déchirer tous les cinquante pages environ. À peine ont-ils résolu un malentendu ou franchi une étape dans leur relation que surgit un nouveau conflit, souvent basé sur un manque de communication qui pourrait être résolu en deux phrases si les personnages se parlaient franchement. Karel qui fait des choses sans consulter Kalliopée « pour son bien », Kalliopée qui réagit de manière excessive sans chercher à comprendre, les secrets gardés alors qu’il serait tellement plus simple de parler, les quiproquos qui s’éternisent alors que n’importe quelle conversation adulte les résoudrait en deux minutes… C’est épuisant et, surtout, cela n’apporte strictement rien au récit. Ces disputes à répétition ne font pas avancer l’intrigue, ne développent pas les personnages en profondeur, ne révèlent rien de nouveau sur leur relation. Elles sont là uniquement pour maintenir artificiellement une tension dramatique et pour remplir des pages. Au lieu de nous offrir des obstacles externes intéressants que le couple devrait surmonter ensemble, renforçant ainsi leur lien, l’auteure crée sans cesse des obstacles internes basés sur des non-dits et des malentendus qui auraient dû être clarifiés depuis longtemps. Cette mécanique narrative paresseuse, qui consiste à faire constamment marche arrière dans le développement relationnel pour créer du conflit, était déjà présente dans le premier tome et elle s’aggrave ici au point de devenir vraiment agaçante.
De plus, les personnages eux-mêmes manquent parfois de cohérence dans leurs réactions et leurs décisions. Kalliopée qui faisait preuve de force et de lucidité dans une scène devient soudainement passive et naïve dans la suivante. Karel qui semblait avoir compris l’importance de traiter Kalliopée en égale retombe immédiatement dans ses travers de mâle dominant possessif. Ces incohérences rendent difficile l’attachement véritable aux personnages parce qu’on ne sait jamais vraiment qui ils sont fondamentalement, on a l’impression qu’ils changent selon les besoins du scénario plutôt que de suivre une évolution psychologique crédible.
L’intrigue elle-même avance, mais d’une manière qui reste assez prévisible et sans grande originalité. On devine facilement les retournements de situation, les trahisons sont télégraphiées des chapitres à l’avance, et les solutions aux problèmes arrivent souvent de manière trop commode. Le style d’écriture de Koko Nhan reste correct sans être remarquable, fonctionnel mais sans réelle personnalité. Il y a peu de descriptions qui marquent, peu de dialogues vraiment percutants, peu de scènes qui restent en mémoire après la lecture. C’est une écriture qui fait le travail de raconter une histoire sans jamais vraiment s’élever au-dessus de la simple narration d’événements.
Je vais lire le troisième et dernier tome, principalement parce que je suis arrivée jusqu’ici et que je veux savoir comment se termine l’histoire, mais je dois avouer que je ne suis pas particulièrement emballée par ce qui m’attend. J’espère que Koko Nhan utilisera ce dernier volume pour enfin approfondir son univers, pour expliquer les origines de ce système oppressif, pour donner à Kalliopée et Karel une évolution qui ne soit pas constamment sabotée par des conflits artificiels. J’espère aussi qu’elle explorera davantage les possibilités de résistance et de changement dans cette société dystopique, qu’elle nous montrera comment les choses pourraient évoluer plutôt que de simplement nous présenter l’oppression comme un décor figé. Mais après deux tomes qui n’ont pas vraiment tenu leurs promesses, je reste sceptique. Cette série avait un potentiel intéressant avec son mélange de romance et de dystopie centrée sur l’oppression de genre, mais l’exécution reste malheureusement trop superficielle, trop focalisée sur les conflits relationnels répétitifs au détriment du worldbuilding et de la profondeur thématique. Le tribut d’une épouse est légèrement meilleur que le premier tome, mais cela ne suffit pas à en faire une lecture vraiment marquante ou recommandable. C’est une lecture moyenne qui ne restera probablement pas gravée dans ma mémoire, et je finirai la trilogie davantage par souci de complétude que par véritable enthousiasme pour l’univers ou les personnages.
La fiche du livre :
Série terminée :
– tome 01 : Le Sacrifice d’une princesse
– tome 02 : Le Tribut d’une épouse
– tome 03 : Le Dilemme d’une reine
