
Titre : Les Carnets de l’Apothicaire, tome 02
Auteurs : Itsuki Nanao & Nekokurage
Date de parution : 4 mars 2021
Editeur : Ki-oon
Format : Manga
Genre : Historique
Lectorat : Young-Adult
Nombre de pages : 174
Résumé :
Intrigues et poisons au cœur du palais impérial !
Désormais dame de compagnie et goûteuse au service de Gyokuyo, l’une des concubines favorites de l’empereur, Mao Mao commence une nouvelle vie ! Alors qu’elle vient tout juste d’arriver au pavillon de Jade, elle se forge très vite une réputation d’excellente apothicaire, à tel point que l’empereur en personne la convoque…
Il lui faut maintenant s’acquitter d’une mission de taille : trouver la cause du mal qui ronge Lifa, la mère du petit prince décédé. Malheureusement, la tâche est encore plus difficile que prévu ! En effet, pour guérir sa patiente, la jeune fille va d’abord devoir se confronter aux femmes du pavillon de Cristal…
Avis :
J’ai beaucoup aimé ce deuxième tome qui confirme tout ce qui m’avait plu dans ma découverte du premier volume à la médiathèque. Après un premier tome qui posait solidement les bases de l’univers et des personnages, ce deuxième opus approfondit et enrichit tout ce qui avait été mis en place, tout en maintenant le même niveau de qualité qui avait fait le succès du début de la série.
Les intrigues de cour sont encore plus prenantes que dans le premier tome, et c’est quelque chose que j’apprécie énormément. Itsuki Nanao et Nekokurage continuent d’explorer ce microcosme empoisonné du quartier des concubines impériales avec ses rivalités féroces, ses jalousies destructrices, et ses complots dangereux. Les mystères que Mao Mao doit résoudre gagnent en complexité et en enjeux, les implications politiques sont plus importantes, et les dangers qu’elle court sont plus réels et plus immédiats. On sent que les auteurs montent progressivement la tension et que les affaires auxquelles Mao Mao est confrontée ne sont plus de simples énigmes médicales isolées mais s’inscrivent dans des intrigues plus vastes qui concernent l’équilibre du pouvoir au sein du palais impérial. Cette escalade narrative est très bien gérée et maintient l’intérêt du lecteur en haleine. Les différentes concubines, avec leurs personnalités distinctes et leurs agendas cachés, continuent d’apporter une richesse dramatique fascinante. On découvre de nouveaux personnages secondaires qui ajoutent des couches supplémentaires de complexité à cet univers déjà dense, et les relations entre les différents protagonistes évoluent de manière organique et crédible.
J’aime particulièrement que le caractère de Mao Mao soit plus affirmé que dans le premier tome, et c’est probablement l’évolution la plus satisfaisante de ce volume. Dans le premier tome, Mao Mao cherchait avant tout à rester discrète, à ne pas se faire remarquer, à survivre tranquillement jusqu’à la fin de son service au palais. Mais ici, on la voit gagner en confiance et commencer à assumer davantage son rôle, non pas parce qu’elle le cherche, mais parce que les circonstances l’y obligent et qu’elle réalise qu’elle peut faire une vraie différence. Elle n’a pas perdu son pragmatisme ni son détachement amusé face aux situations, mais elle prend des initiatives plus audacieuses, elle ose davantage s’opposer à des personnages puissants quand la logique et la justice l’exigent, elle défend ses convictions avec plus de fermeté. Cette évolution est parfaitement dosée : Mao Mao ne devient pas soudainement une héroïne conquérante qui veut sauver le monde, elle reste fondamentalement elle-même avec son attitude rationnelle et son désir de tranquillité, mais elle accepte progressivement que ses compétences lui confèrent des responsabilités qu’elle ne peut pas ignorer. C’est une croissance de personnage subtile et crédible qui la rend encore plus attachante.
De plus, on sent qu’elle commence à trouver sa place au palais, à comprendre les codes non écrits de cet environnement, à naviguer avec plus d’aisance dans les eaux dangereuses de la politique courtisane. Elle développe des relations plus complexes avec certains personnages secondaires, créant un réseau d’alliés potentiels tout en identifiant clairement ses adversaires. Cette intégration progressive dans le monde du palais, sans qu’elle renonce à son identité fondamentale d’apothicaire passionnée par les poisons, est vraiment bien menée.
J’ai énormément aimé les connaissances en poisons et en médecine que montre l’héroïne tout au long de ce tome, et qui restent au cœur de son identité et de son utilité. Les auteurs continuent de nous régaler avec des explications fascinantes sur les propriétés de diverses substances toxiques ou médicinales, sur les symptômes de différents empoisonnements, sur les antidotes et leurs mécanismes d’action. Ce qui est remarquable, c’est que ces connaissances ne sont jamais présentées de manière pédante ou ennuyeuse, elles sont toujours intégrées organiquement dans l’intrigue et servent directement à résoudre les mystères auxquels Mao Mao est confrontée. Chaque cas qu’elle traite devient une occasion d’apprendre quelque chose de nouveau sur la pharmacopée traditionnelle chinoise, sur les plantes médicinales, sur les interactions entre substances, et c’est absolument captivant pour qui s’intéresse un tant soit peu à ces sujets. On sent que les auteurs ont fait des recherches approfondies et qu’ils s’appuient sur de vraies connaissances historiques et scientifiques, ce qui donne une crédibilité et une profondeur remarquables à l’ensemble.
Et surtout, sa façon d’être utile au palais, qui n’est absolument pas banale, continue de la distinguer radicalement de toutes les autres habitantes du quartier des concubines. Là où les autres femmes cherchent à être utiles en étant belles, séduisantes, cultivées dans les arts traditionnels comme la musique ou la calligraphie, ou habiles dans les intrigues politiques, Mao Mao apporte quelque chose de complètement différent et d’infiniment plus pragmatique : elle sauve des vies, elle résout des mystères médicaux, elle prévient des catastrophes sanitaires, elle identifie des empoisonnements avant qu’ils ne deviennent fatals. Son utilité ne repose ni sur son apparence (qu’elle minimise volontairement), ni sur sa capacité à flatter ou à manipuler, mais uniquement sur son intelligence, ses connaissances scientifiques, et son sens aigu de l’observation. Cette valorisation de compétences intellectuelles et techniques plutôt que des attributs traditionnellement féminins dans un contexte de cour impériale est extrêmement rafraîchissante et fait de Mao Mao un personnage vraiment unique dans le paysage du manga. Elle prouve constamment que l’intelligence et le savoir ont une valeur inestimable, même dans un environnement qui semble initialement ne valoriser que la beauté et la séduction.
Je suis vraiment curieuse de voir comment va évoluer la relation entre Jinshi et Mao Mao dans les tomes suivants, car c’est probablement l’aspect le plus intrigant et le plus prometteur de la série. Dans ce deuxième tome, leur dynamique continue d’être absolument fascinante et délicieusement frustrante pour Jinshi. Mao Mao reste complètement imperméable à son charme considérable, ce qui semble à la fois l’intriguer profondément et le déstabiliser d’une manière qu’il n’a manifestement jamais expérimentée auparavant. Pour quelqu’un qui est habitué à ce que tout le monde tombe sous son charme, l’indifférence totale de Mao Mao est à la fois déconcertante et irrésistiblement intéressante. Ce qui rend leur relation si captivante, c’est qu’elle ne suit absolument pas les schémas romantiques habituels des mangas. Jinshi tente diverses approches pour attirer l’attention de Mao Mao, mais elle reste obstinément focalisée sur ce qui l’intéresse vraiment : les poisons, les plantes médicinales, et les énigmes à résoudre. Il y a quelque chose d’hilarant et de touchant à voir ce personnage apparemment tout-puissant et habitué à obtenir ce qu’il veut se retrouver complètement démuni face à une jeune femme qui ne le voit que comme un employeur ou un facilitateur lui permettant d’accéder à des cas médicaux intéressants.
Cependant, on sent que quelque chose est en train de se construire progressivement entre eux, une compréhension mutuelle, un respect croissant qui pourrait éventuellement évoluer vers quelque chose de plus profond. Jinshi commence à vraiment apprécier Mao Mao pour qui elle est – son intelligence, son courage, son intégrité – plutôt que pour une quelconque attraction superficielle. Et de son côté, même si Mao Mao ne le montre jamais ouvertement, on perçoit dans certaines scènes subtiles qu’elle commence peut-être, tout au fond, à voir Jinshi comme plus qu’un simple personnage du palais. Les moments où ils travaillent ensemble sur des enquêtes révèlent une complémentarité intéressante : Jinshi avec son pouvoir politique et son accès à l’information, Mao Mao avec son expertise médicale et son sens de la déduction. Cette collaboration qui fonctionne si bien crée une base solide pour une relation future qui promet d’être complexe et fascinante. De plus, il y a clairement des mystères autour de l’identité réelle de Jinshi et de sa position exacte dans la hiérarchie impériale, mystères qui ajoutent une dimension supplémentaire à leur relation et qui promettent des révélations intéressantes dans les volumes futurs.
Les dessins restent absolument incroyables et constituent un atout majeur de cette série. Nekokurage continue de livrer un travail artistique d’une qualité exceptionnelle, maintenant le niveau d’excellence établi dans le premier tome. Chaque planche est un régal visuel, avec une composition soignée qui guide parfaitement l’œil du lecteur et qui met en valeur les moments importants de l’histoire. Les décors du palais impérial continuent d’être somptueux et détaillés, avec une attention particulière portée à l’architecture, aux jardins, aux intérieurs richement décorés qui créent une atmosphère authentique et immersive. Les costumes des différents personnages, avec leurs tissus fluides et leurs broderies complexes, sont rendus avec une précision remarquable qui témoigne d’un vrai travail de recherche et d’un souci du détail impressionnant.
J’aime particulièrement le trait fin de la mangaka, qui donne à l’ensemble une élégance et une délicatesse parfaitement adaptées au cadre impérial de l’histoire. Ce trait fin permet des expressions faciales incroyablement nuancées et subtiles, particulièrement importante pour un personnage comme Mao Mao dont le visage reste souvent impassible en surface mais dont les micro-expressions révèlent toute la richesse de ses pensées. Nekokurage excelle dans cet art de montrer plutôt que de dire, de transmettre des émotions complexes à travers un léger changement dans le regard, un imperceptible mouvement de sourcil, une tension presque invisible dans la mâchoire. Les yeux de Mao Mao, en particulier, sont incroyablement expressifs malgré son apparente neutralité, et on peut lire dans son regard toute son intelligence analytique au travail. Cette capacité à rendre visible l’activité mentale intense d’un personnage dont le visage reste extérieurement calme est un véritable tour de force artistique.
De plus, le contraste entre le trait fin et délicat et les scènes parfois sombres ou dangereuses crée une tension visuelle intéressante qui reflète parfaitement la dualité de cet univers : la beauté raffinée de la surface contre la violence et le danger qui se cachent en dessous. Les planches où Mao Mao explique les effets de divers poisons ou où elle analyse des symptômes médicaux sont particulièrement réussies, avec des compositions qui rendent visuellement compréhensibles des concepts parfois complexes sans avoir besoin de longs textes explicatifs.
Les Carnets de l’Apothicaire, tome 2 est une suite qui tient toutes ses promesses et qui confirme que cette série mérite amplement son succès et sa réputation. Les auteurs parviennent à maintenir la qualité narrative et artistique du premier tome tout en faisant évoluer les personnages et en approfondissant l’univers de manière satisfaisante. L’équilibre entre mystères médicaux, intrigues de cour, développement des personnages, et moments de légèreté humoristique est parfaitement dosé. Mao Mao continue d’être un personnage absolument fascinant dont on a envie de suivre les aventures, et sa relation naissante avec Jinshi promet des développements captivants. Les dessins magnifiques de Nekokurage subliment une histoire déjà excellente et contribuent énormément au plaisir de lecture. Je suis maintenant complètement investie dans cette série et impatiente de découvrir la suite, de voir comment vont évoluer les intrigues de palais, quels nouveaux mystères médicaux Mao Mao devra résoudre, et surtout comment va se développer sa relation avec Jinshi. Cette série est définitivement l’une des meilleures découvertes manga que j’ai faites récemment, et je la recommande chaudement à tous ceux qui cherchent un manga intelligent, original, magnifiquement dessiné, avec un personnage féminin fort et atypique. C’est une lecture addictive qui sort des sentiers battus tout en restant accessible et profondément divertissante.
La fiche du livre :
Série en cours :
– tome 01
– tome 02
– tome 03
– tome 04
– tome 05
– tome 06
– tome 07
– tome 08
– tome 09
– tome 10
– tome 11
– tome 12
– tome 13
– tome 14
– tome 15
