Les Carnets de l’Apothicaire, tome 01 – Itsuki Nanao & Nekokurage

Titre : Les Carnets de l’Apothicaire, tome 01
Auteurs : Itsuki Nanao & Nekokurage
Date de parution : 21 janvier 2021
Editeur : Ki-oon
Format : Manga
Genre : Historique
Lectorat : Young-Adult
Nombre de pages : 168

Note : 5 sur 5.

Pour passer le temps à la médiathèque où mon père fait du bénévolat, et étant en vacances chez mes parents avec quelques heures à tuer, je me suis lancée dans la lecture de ce premier tome un peu par hasard et par curiosité. J’avais beaucoup entendu parler de cette série de manga, que ce soit sur les réseaux sociaux, dans des recommandations de lecture, ou simplement par le bouche-à-oreille. Les Carnets de l’Apothicaire semblait être partout, suscitant un engouement considérable et des commentaires dithyrambiques. J’étais vraiment curieuse de comprendre pourquoi cette série générait un tel enthousiasme, ce qui la distinguait des innombrables autres mangas disponibles, et si elle méritait vraiment toute cette attention. Je n’avais pas d’attentes particulières, juste une curiosité sincère et l’envie de découvrir par moi-même ce qui captivait tant de lecteurs.

Les dessins sont tout simplement magnifiques, et c’est probablement la première chose qui frappe quand on ouvre le manga. Le style de Nekokurage est à la fois délicat et expressif, avec une attention particulière portée aux détails qui rend chaque planche visuellement captivante. Les décors de la cour impériale sont somptueux, riches en ornements et en motifs qui évoquent parfaitement l’atmosphère d’une Chine impériale fantasmée. Les costumes sont magnifiquement dessinés, avec leurs tissus fluides, leurs broderies complexes, leurs accessoires raffinés qui reflètent le statut et la personnalité de chaque personnage. Mais ce qui m’a peut-être le plus impressionnée, c’est la capacité de l’artiste à rendre les expressions des personnages avec une justesse remarquable. Le visage de Mao Mao, en particulier, est incroyablement expressif malgré son apparente impassibilité de façade. On lit dans ses yeux et dans les micro-expressions de son visage toute la richesse de ses pensées, ses analyses, son scepticisme, son intelligence aiguisée qui travaille constamment. Cette subtilité dans le character design est vraiment impressionnante et contribue énormément au plaisir de lecture.

L’histoire est également très intéressante et pose des bases solides pour une série qui promet d’être riche et complexe. Le concept de base – une jeune apothicaire aux connaissances médicales et toxicologiques impressionnantes qui se retrouve servante dans le quartier des concubines impériales et qui, malgré elle, résout des mystères et des énigmes médicales – est à la fois original et accrocheur. C’est un mélange fascinant entre enquête policière, drame historique, et slice of life dans un cadre impérial. La structure narrative fonctionne très bien, avec des cas individuels qui se résolvent au fil des chapitres tout en construisant progressivement une intrigue de fond plus large qui concerne le palais impérial et ses intrigues politiques.

J’adore particulièrement les thèmes développés autour des plantes, des soins et de la médecine, qui sont au cœur de l’identité de Mao Mao et qui structurent une grande partie des intrigues. C’est rafraîchissant de voir un manga centré sur des connaissances scientifiques et médicales plutôt que sur des combats ou des pouvoirs surnaturels. Les explications sur les propriétés des différentes plantes, sur les poisons et leurs antidotes, sur les diagnostics médicaux basés sur l’observation minutieuse des symptômes, tout cela est présenté de manière accessible et captivante. On sent que les auteurs ont fait leurs recherches et qu’ils s’appuient sur de vraies connaissances en médecine traditionnelle chinoise et en pharmacopée. C’est à la fois éducatif et narrativement efficace, puisque ces connaissances sont toujours mises au service de l’intrigue et des résolutions d’énigmes. J’aime cette valorisation de l’intelligence, de l’observation, et du savoir comme outils principaux du personnage principal, plutôt que la force physique ou la magie.

Les histoires de cour ajoutent effectivement beaucoup de piment et une dimension politique fascinante au récit. Le quartier des concubines impériales est un microcosme empoisonné (littéralement parfois !) où les rivalités sont féroces, où chaque geste peut avoir des implications politiques considérables, où les alliances se font et se défont au gré des intérêts. Les différentes concubines, avec leurs personnalités distinctes, leurs ambitions, leurs peurs, leurs stratégies pour gagner la faveur de l’empereur ou pour simplement survivre dans cet environnement hostile, créent une galerie de personnages secondaires riches et intéressants. Les intrigues de palais, les jalousies, les complots, les tentatives d’empoisonnement, tout cela ajoute une tension constante et un danger omniprésent qui contraste brillamment avec l’apparente beauté et l’élégance de la cour. Cette dualité entre la surface raffinée et les courants dangereux qui circulent sous la surface est parfaitement rendue et crée une atmosphère unique, à la fois séduisante et inquiétante.

Il y a beaucoup de questions laissées sans réponses dans ce premier tome, et c’est une stratégie narrative très efficace qui donne vraiment envie de lire la suite. Qui est vraiment Mao Mao et d’où vient-elle exactement ? Quel est son passé et comment a-t-elle acquis ses connaissances exceptionnelles en toxicologie ? Quelle est la nature exacte de sa relation avec Jinshi, ce personnage mystérieux et apparemment puissant qui semble s’intéresser particulièrement à elle ? Quelles sont les véritables intrigues qui se trament dans l’ombre du palais impérial ? Qui sont les alliés et qui sont les ennemis ? Toutes ces questions, savamment distillées au fil des pages, créent un suspense et une curiosité qui rendent la lecture addictive. On a constamment envie de tourner une page de plus pour découvrir un nouvel indice, une nouvelle révélation, un nouveau mystère. Les auteurs maîtrisent parfaitement l’art du cliffhanger et du mystère progressif.

Le personnage de Mao Mao est absolument fascinant et constitue probablement le point fort majeur de cette série. Je me suis très vite attachée à elle, ce qui est remarquable pour un personnage qui pourrait sembler au premier abord distant ou peu accessible. Mao Mao n’est pas une héroïne conventionnelle de manga. Elle n’est ni particulièrement belle (du moins selon les standards de la cour, et elle fait tout pour minimiser son apparence), ni douce et conciliante, ni désireuse de plaire ou de se faire remarquer. Au contraire, elle préférerait rester dans l’ombre, faire son travail tranquillement, et surtout continuer ses expérimentations avec les poisons et les plantes qui sont sa véritable passion. C’est une scientifique dans l’âme, guidée par la curiosité intellectuelle et le plaisir de la découverte plutôt que par des ambitions sociales ou romantiques. Son expression habituellement neutre, presque apathique, cache une intelligence acérée et un sens de l’observation extraordinaire qui lui permettent de repérer des détails que tout le monde manque et de faire des déductions brillantes.

Ce qui rend Mao Mao particulièrement attachante, c’est justement ce contraste entre son apparence impassible et les pensées intérieures fascinantes qui sont révélées au lecteur. On a accès à son monologue intérieur qui est souvent sarcastique, pragmatique, et étonnamment drôle. Elle observe le monde avec un détachement amusé, analyse froidement les situations, et ne se laisse pas impressionner par le faste de la cour ou par les personnages puissants. Cette attitude détachée et rationnelle, loin de la rendre antipathique, la rend au contraire extrêmement rafraîchissante dans un environnement où tout le monde joue des jeux complexes de pouvoir et de séduction.

J’aime énormément sa façon de gérer les ennuis qui lui arrivent constamment malgré ses efforts pour rester discrète. Mao Mao n’est pas une héroïne qui cherche l’aventure ou qui veut sauver le monde, elle veut simplement survivre, faire son temps au palais, et éventuellement retourner à sa vie tranquille d’apothicaire. Mais son intelligence et ses compétences la mettent constamment sous les projecteurs malgré elle, l’entraînant dans des situations dangereuses qu’elle doit résoudre. Sa réaction face à ces situations est toujours pragmatique et réfléchie : elle évalue les risques, elle calcule les bénéfices, elle cherche la solution la plus efficace avec les ressources dont elle dispose. Elle n’est ni téméraire ni lâche, simplement rationnelle et stratégique. Cette approche terre-à-terre des problèmes, cette absence de dramatisation excessive, rend ses résolutions d’énigmes d’autant plus satisfaisantes parce qu’elles reposent sur la logique, l’observation, et la connaissance scientifique plutôt que sur des coups de chance ou des deus ex machina.

De plus, Mao Mao a une relation fascinante et ambiguë avec Jinshi qui promet de se développer de manière intéressante dans les tomes suivants. Contrairement aux héroïnes de manga qui rougissent et bégaient face à un beau jeune homme, Mao Mao reste parfaitement imperméable au charme évident de Jinshi, ce qui semble à la fois l’intriguer et le frustrer. Cette dynamique inversée, où c’est le personnage masculin qui cherche l’attention du personnage féminin qui n’en a absolument rien à faire, est délicieusement originale et promet des interactions savoureuses.

Je comprends maintenant totalement pourquoi j’en ai autant entendu parler et pourquoi cette série suscite un tel engouement. Les Carnets de l’Apothicaire réussit ce rare exploit de combiner plusieurs éléments qui fonctionnent parfaitement ensemble : un personnage principal original et attachant, un cadre historique riche et bien exploité, des mystères captivants qui stimulent l’intelligence du lecteur, des thèmes inhabituels (la médecine et la toxicologie) traités de manière accessible et fascinante, des dessins magnifiques, et une atmosphère unique qui mêle élégance courtisane et danger permanent. C’est un manga qui plaira aussi bien aux amateurs d’enquêtes et de mystères qu’à ceux qui apprécient les drames historiques ou les personnages féminins forts et atypiques.

Cette lecture imprévue à la médiathèque s’est transformée en une vraie découverte, et je suis maintenant impatiente de poursuivre la série pour voir comment évolue l’histoire de Mao Mao, comment se développent les intrigues de palais, et surtout comment ce personnage fascinant va continuer à naviguer dans cet environnement dangereux avec son intelligence, son pragmatisme, et sa passion secrète pour tout ce qui est toxique. Les Carnets de l’Apothicaire mérite amplement sa réputation et son succès, et je recommande sans hésitation à tous ceux qui cherchent un manga intelligent, original, magnifiquement dessiné, et addictif. C’est une lecture rafraîchissante qui sort des sentiers battus du manga traditionnel tout en restant accessible et profondément divertissante.

La fiche du livre :

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Série en cours :
– tome 01
– tome 02
– tome 03
– tome 04
– tome 05
– tome 06
– tome 07
– tome 08
– tome 09
– tome 10
– tome 11
– tome 12
– tome 13
– tome 14
– tome 15

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