Noirs démons, tome 03 : Des Cendres en enfer – Suzanne Wright

Titre : Noirs démons, tome 03 : Des Cendres en enfer
Auteur : Suzanne Wright
Date de parution : 17 novembre 2017
Editeur : Milady
Format : Ebook
Genre : Bit-Lit
Lectorat : Adulte
Nombre de pages : 474

Note : 4 sur 5.

Ce troisième tome est intéressant et apporte indéniablement des avancées dans l’histoire principale de la saga. Après un premier tome qui m’avait séduite par son humour mordant et la chimie explosive entre Harper et Knox, et un deuxième qui avait gagné en profondeur en introduisant une vraie intrigue de fond et en développant l’univers démoniaque, ce troisième opus continue sur cette lancée en faisant progresser les enjeux narratifs. Les menaces qui planaient sur la meute de Knox se précisent, les conflits avec d’autres factions démoniaques s’intensifient, et on sent que Suzanne Wright construit quelque chose de plus ambitieux qu’une simple série de romances bit lit. L’intrigue gagne en complexité, les enjeux deviennent plus graves, et l’univers continue de s’enrichir.

Cependant, malgré ces qualités indéniables, ce tome m’a laissée avec un sentiment mitigé, principalement à cause de l’utilisation massive de lieux communs et de tropes fatigués qui alourdissent l’ensemble. Et le plus frustrant de ces clichés, celui qui m’a fait littéralement lever les yeux au ciel, c’est bien évidemment la grossesse non planifiée de Harper. Parce que forcément, dans un troisième tome d’une série de romance bit lit, il faut absolument que le personnage féminin principal tombe enceinte de manière inattendue. C’est devenu tellement systématique dans ce genre littéraire que c’en est presque risible. Harper, cette femme indépendante et forte que j’appréciais tant pour sa détermination à ne pas se laisser définir par son statut de compagne d’alpha, se retrouve propulsée dans le rôle de future mère sans que cela soit vraiment son choix ou le résultat d’une décision mûrement réfléchie. La grossesse arrive comme un cheveu sur la soupe, un twist dramatique qui semble davantage répondre à une obligation du genre qu’à une nécessité narrative organique.

Ce qui me frustre le plus, c’est que l’auteure a construit toute l’histoire principale du roman autour de cette grossesse, en faisant le pivot central de l’intrigue, et pourtant elle traite le sujet de manière étonnamment superficielle. Suzanne Wright passe beaucoup trop vite sur les implications concrètes de cette maternité démoniaque. Quitte à imposer une grossesse à Harper, autant en profiter pour explorer véritablement et en profondeur le thème de la maternité chez les démons ! C’était l’occasion rêvée de développer un aspect fascinant de cet univers : comment se déroule une grossesse démoniaque ? Quels sont les dangers spécifiques ? Comment les pouvoirs de Harper évoluent-ils pendant cette période ? Quelles sont les traditions, les rituels, les superstitions autour de la naissance d’un enfant démoniaque, surtout quand il s’agit de l’héritier d’un alpha puissant comme Knox ? Comment la meute se prépare-t-elle à accueillir ce nouveau membre ? Toutes ces questions auraient mérité d’être explorées avec soin, mais au lieu de cela, on a droit à un traitement en surface, presque expédié, comme si l’auteure voulait cocher une case sans vraiment s’investir dans les possibilités narratives que cette situation offrait.

Le rythme du roman souffre considérablement de cette approche précipitée. Il y a énormément d’ellipses temporelles qui sautent des semaines, voire des mois, sans nous permettre de vivre vraiment ces moments avec les personnages. Un jour Harper découvre qu’elle est enceinte, et quelques pages plus tard on se retrouve plusieurs mois plus tard sans avoir vécu la progression de la grossesse, les changements physiques et émotionnels, les préparatifs, les inquiétudes. Cette succession d’ellipses me donne une impression désagréable de bâclé, comme si Suzanne Wright était pressée d’arriver à la fin sans prendre le temps de savourer le voyage. Alors que dans le deuxième tome, j’avais apprécié la façon dont l’auteure prenait son temps pour développer l’intrigue de fond et enrichir l’univers, ici on a l’impression qu’elle survole les événements, qu’elle accélère artificiellement pour atteindre un certain point de l’histoire sans se soucier de la construction progressive qui avait fait la force du tome précédent.

Pour moi, tout cela arrive beaucoup trop tôt dans l’univers du roman et dans la progression de la saga. Harper et Knox sont ensemble depuis peu de temps à l’échelle de leur vie immortelle. Ils sont encore en train de construire leur relation, de définir leur couple, d’apprendre à fonctionner ensemble. Harper travaille toujours à affirmer sa place dans la meute, à développer ses pouvoirs, à comprendre pleinement sa nature de démone prime. Lui imposer une grossesse et une maternité maintenant semble prématuré. Cela court-circuite son développement personnel en tant que personnage indépendant de Knox et de son rôle de mère. J’aurais tellement préféré qu’on ait encore un ou deux tomes pour voir Harper s’épanouir pleinement dans ses pouvoirs, solidifier sa position dans la meute, affronter des défis qui lui sont propres, avant d’ajouter la dimension de la maternité. Cette précipitation donne l’impression que l’auteure suivait une checklist de ce qui doit arriver dans une série de romance bit lit plutôt que de laisser les personnages et l’histoire évoluer à leur propre rythme.

Heureusement, les personnages eux-mêmes restent toujours aussi bien écrits et attachants, ce qui constitue le principal point positif de ce tome. Harper, malgré la situation frustrante dans laquelle l’auteure la place, conserve sa force de caractère et son refus de se laisser définir uniquement par sa grossesse. Elle continue de se battre, de défendre sa meute, de développer ses pouvoirs, même si ces aspects sont malheureusement relégués au second plan derrière les préoccupations liées à sa maternité imminente. Knox reste le mâle alpha protecteur et possessif qu’on connaît, et sa réaction à la grossesse de Harper, entre fierté instinctive et angoisse terrifiante de la perdre, est plutôt bien rendue. Leur alchimie fonctionne toujours, leurs dialogues conservent cet humour caustique qui avait fait tout le charme du premier tome, et on sent que leur amour continue de se renforcer malgré les épreuves.

Les personnages secondaires, que j’avais tant appréciés dans le deuxième tome, sont toujours présents et toujours aussi savoureux. La meute de Knox garde cette dynamique familiale dysfonctionnelle mais touchante qui fait son charme. Levi apporte toujours des moments de légèreté bienvenue, les interactions entre les différents membres restent divertissantes, et on sent l’attachement profond qui les unit tous.

Cependant, et c’est là une autre grosse déception de ce tome, il n’y a pratiquement aucune avancée dans les romances secondaires que j’attendais tant. Après que le deuxième tome ait délicieusement amorcé les relations entre Tanner et Devon d’une part, et Keenan et Khloé d’autre part, j’espérais sincèrement que ce troisième opus développerait davantage ces couples en devenir. Mais non, ils sont relégués en arrière-plan, avec à peine quelques scènes qui font progresser leurs histoires. Je sais que ces personnages auront leurs propres tomes compagnons où leurs romances seront pleinement explorées, mais j’aurais tellement aimé voir leur évolution en parallèle de celle de Harper et Knox. Ces romances secondaires apportaient une richesse et une diversité bienvenue à l’ensemble, et leur quasi-absence ici appauvrit le roman. On a l’impression que Suzanne Wright a voulu se concentrer exclusivement sur Harper, Knox et cette grossesse, au détriment de tout le reste.

Au final, j’ai eu l’impression très nette que ce tome est avant tout un tome de transition, un passage obligé entre le deuxième tome qui faisait véritablement progresser l’intrigue et l’univers, et un hypothétique quatrième tome où les choses reprendront peut-être leur dynamique. C’est un tome qui coche des cases narratives attendues (la grossesse, les dangers qui en découlent, la protection de la compagne enceinte), qui fait avancer certains éléments de l’intrigue principale, mais qui ne brille ni par son originalité ni par sa profondeur. Les ellipses temporelles multiples, le traitement superficiel de thématiques qui méritaient d’être approfondies, l’absence de développement des personnages secondaires, tout cela contribue à donner un roman qui manque de substance et qui peine à atteindre la qualité des deux tomes précédents.

Des cendres en enfer n’est pas un mauvais roman en soi. Il se lit facilement, les personnages restent attachants, l’univers démoniaque continue de m’intéresser, et il y a quelques scènes d’action et quelques moments émotionnels réussis. Mais après un deuxième tome qui m’avait vraiment convaincue que cette série avait le potentiel d’être quelque chose de spécial dans le paysage de la romance paranormale, ce troisième opus constitue une déception relative. J’espère sincèrement que le quatrième tome reviendra à ce qui faisait la force du deuxième : une intrigue solide, un développement d’univers approfondi, et une vraie progression des personnages plutôt qu’une succession de tropes obligatoires traités en surface. Suzanne Wright a prouvé qu’elle pouvait faire mieux, et j’attends d’elle qu’elle retrouve cette qualité narrative qui m’avait tant plu.

La fiche du livre :

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Série en cours :
tome 01 : Tout ce qui brûle
tome 02 : A Feu et à sang
– tome 03 : Des Cendres en enfer
– tome 04 : Entre deux feux
– tome 05 : Le Feu sous la cendre
– tome 06 : Le Feu sacré
– tome 07 : Enfer et damnation
– tome 08 : Un Feu d’enfer
– tome 09 : Retour de flammes
– tome 10 : Flammes éternelles

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