
Titre : La Trilogie des périls, tome 03 : La Cité occulte
Auteur : David Eddings
Date de parution : 01 juin 2023
Editeur : Pocket
Format : Livre
Genre : Fantasy
Lectorat : Adulte
Nombre de pages : 621
Résumé :
Des grondements ébranlèrent les nuages rougeâtres zébrés d’éclairs blafards.
Il y eut un bruit sourd, rythmé, obsédant, et soudain une colline se dressa derrière les arbres. Une colline aussi noire que la nuit, d’où dépassaient deux protubérances pointues, pareilles à d’énormes ailes. Et les ténèbres s’enflaient toujours.
La chose ouvrit les yeux, deux fentes farouches brillant d’un feu intense. Les ailes étaient des oreilles.
L’être poussa un hurlement, dévoilant des crocs pareils à des éclairs d’où s’échappaient des flammes qui étaient du sang.
Alors, telles deux montagnes trapues, ses épaules apparurent au-dessus de la falaise. Deux ailes de chauve-souris se déployèrent comme des voiles noires, révélant des bras monstrueux, dotés de mains aux doigts innombrables. Des éclairs grouillaient sous sa peau, révélant fugitivement des détails ignobles de son anatomie.
« Klael ! » cria Aphraël d’une voix stridente.
Émouchet sentit vaciller sa conscience. Comment avaient-ils osé ressusciter Klael, Dieu des Enfers, banni par les Dieux Aînés ?
Avis :
Quand refermer un livre, c’est quitter des amis : l’émotion d’une fin de série.
J’ai toujours un petit pincement au cœur quand je finis une série, car j’ai l’impression de quitter un lieu et des amis. C’est particulièrement vrai avec La Trilogie des Périls, qui m’a accompagnée pendant plusieurs mois et dont les personnages ont fini par occuper une place à part dans mon imaginaire. Mais il y a aussi un sentiment de fierté qui accompagne ce pincement mélancolique : celui d’avoir réussi à terminer au moins une série sur les quatre-vingts en cours qui peuplent ma bibliothèque ! Une petite victoire personnelle qu’il faut savoir célébrer.
Un univers qui transcende le simple divertissement
J’ai énormément aimé l’univers de cette série, et je réalise maintenant, à la fin de ce parcours, à quel point le travail de David Eddings autour des divinités et de la relation au divin est remarquable. Il ne se contente pas de plaquer des dieux sur son monde pour justifier quelques miracles narratifs : il explore véritablement la foi, le doute, la manipulation religieuse, la sincérité de la croyance face à l’instrumentalisation du sacré. Cette dimension théologique donne une profondeur inattendue à ce qui pourrait sembler n’être qu’une aventure fantasy classique.
Mais au-delà du religieux, c’est toute une réflexion sur la condition humaine, l’amitié et l’acceptation des différences qui traverse cette trilogie. Eddings interroge ce qui fait notre humanité, comment nous construisons nos liens avec les autres, comment nous apprenons – ou non – à dépasser nos préjugés et nos peurs. Cette dimension philosophique et humaniste est absolument phénoménale. Finalement, sous le couvert d’une série de fantasy avec ses batailles épiques et ses créatures fantastiques, se cache toute une réflexion très ancrée dans la réalité et une critique subtile sur le monde d’aujourd’hui : les guerres de religion, l’intolérance, le racisme, la peur de l’autre, la manipulation politique.
En cela, je trouve que l’on peut rapprocher le travail d’Eddings à celui de Tolkien. Comme le professeur britannique avant lui, Eddings utilise la fantasy non pas comme une simple échappatoire, mais comme un miroir grossissant de notre propre monde. Les thèmes qu’il aborde – la corruption du pouvoir, la résistance face au mal, l’importance de l’amitié et de la loyauté – résonnent bien au-delà des frontières de son univers imaginaire.
Un manichéisme assumé
Autre parallèle évident avec Tolkien : la vision très manichéenne des personnages. Les gentils sont très gentils, porteurs de toutes les vertus, et les méchants sont très méchants, incarnations du mal absolu. Un point c’est tout ! Il n’y a pas vraiment de zone grise, pas de méchant avec des raisons compréhensibles ou de héros aux choix moralement douteux. C’est une approche old school de la fantasy qui pourra rebuter certains lecteurs habitués aux anti-héros complexes de la fantasy moderne, mais qui possède aussi son charme propre. Cette clarté morale crée une lecture confortable où l’on sait toujours pour qui nous devons nous inquiéter et qui mérite notre sympathie.
Un final riche en rebondissements
Ce tome 3 a été particulièrement riche en rebondissements et en action. Eddings ne ralentit absolument pas le rythme pour son final – au contraire, il accélère encore, multipliant les péripéties et les révélations. Les personnages sont littéralement allés d’un bout à l’autre de la région où ils évoluent, et j’ai adoré suivre ces déplacements constants qui donnent l’impression d’une quête véritablement épique. Comme dans les tomes précédents, l’auteur utilise habilement les capacités magiques de certains personnages pour accélérer les déplacements, ce qui permet de maintenir un rythme effréné sans les longueurs habituelles des récits de voyage.
Cette mobilité constante nous permet également de découvrir une dernière fois la diversité des peuples qui habitent ce monde. Chaque culture rencontrée conserve son unicité, ses particularités, et ces différences continuent de générer des quiproquos tournés de façon humoristique. Eddings n’a jamais perdu cette touche légère qui fait tout le charme de sa série.
Des personnages inoubliables
J’ai beaucoup aimé les personnages tout au long de cette trilogie, et ce dernier tome confirme cet attachement. Surtout l’humour pince-sans-rire – très british pour un auteur américain ! – qu’Eddings insuffle dans ses dialogues. Cet humour caustique, parfois noir, apporte une respiration bienvenue dans les moments de tension et rend les personnages terriblement attachants.
Aphrael a définitivement ma préférence. Cette déesse-enfant avec son mélange de puissance divine et de malice enfantine, sa capacité à manipuler les événements tout en gardant une innocence apparente, est absolument fascinante. Ses interactions avec les autres personnages, ses remarques acerbes, sa manière de voir le monde créent des moments mémorables. C’est le genre de personnage qu’on n’oublie pas, qui reste gravé longtemps après avoir refermé le livre.
Emouchet reste également un héros de fantasy particulièrement agréable à suivre. Il incarne ce type de protagoniste solide, fiable, avec un sens de l’honneur chevillé au corps mais aussi suffisamment de pragmatisme et d’humour pour ne pas verser dans le cliché du paladin parfait. Son évolution au fil des trois tomes est satisfaisante, et on le quitte avec l’impression d’avoir vraiment accompagné quelqu’un dans son parcours.
Le duo entre Emouchet et Aphrael reste l’un des grands plaisirs de cette série. Leurs discussions, toutes les piques qu’ils peuvent se lancer, cette affection mutuelle teintée d’exaspération amusée créent une dynamique absolument délicieuse. Eddings excelle dans l’écriture de ces relations complices où le respect et l’amitié passent autant par la taquinerie que par les grands discours.
Une fin qui libère
Bonne nouvelle pour ce dernier tome : je me suis encore moins perdue dans les prénoms qu’auparavant – sentiment de fierté ! Le cast étant désormais bien établi et peu de nouveaux personnages faisant leur apparition, j’ai pu me concentrer pleinement sur l’intrigue finale sans me demander constamment qui était qui. Cette familiarité avec les personnages permet d’apprécier d’autant plus leurs interactions et de mesurer le chemin parcouru depuis le début de la trilogie.
Et après ?
Maintenant que j’ai terminé La Trilogie des Périls, j’ai envie de lire la série qui la précède – La Trilogie des Joyaux – pour retrouver ces personnages emblématiques à leurs débuts et profiter encore de la plume d’Eddings. Découvrir comment tout a commencé, comprendre les événements auxquels il est fait référence dans Les Périls, approfondir ma connaissance de cet univers… L’envie est vraiment là. C’est d’ailleurs souvent comme ça que fonctionnent les bonnes séries : elles nous donnent envie de prolonger l’expérience, de ne pas quitter cet univers, d’en découvrir tous les recoins.
Mon verdict
La Trilogie des Périls se conclut en beauté avec La Cité occulte. C’est une très bonne série de high fantasy classique qui assume pleinement ses codes tout en offrant une profondeur thématique inattendue. David Eddings prouve qu’on peut créer une aventure épique divertissante tout en proposant une véritable réflexion sur la foi, l’humanité et l’acceptation de l’autre. Le rythme effréné, les personnages attachants menés par l’extraordinaire duo Emouchet/Aphrael, l’humour britannique des dialogues et la richesse de l’univers créent un ensemble particulièrement satisfaisant. La vision manichéenne des personnages pourra rebuter certains lecteurs, mais elle participe aussi du charme old school de cette fantasy qui assume son héritage tolkienien. Une trilogie que je recommande chaudement aux amateurs de fantasy classique, et qui m’a définitivement convaincue d’explorer davantage l’œuvre d’Eddings. Le pincement au cœur en refermant le dernier tome était bien réel – preuve qu’une série a réussi son pari quand on a du mal à quitter ses personnages.
La fiche du livre :
Série terminée :
– tome 01 : Les Dômes de feu
– tome 02 : Ceux-qui-brillent
– tome 03 : La Cité occulte
