Les Voleurs de fumée, tome 01 – Sally Green

Titre : Les Voleurs de fumée, tome 01
Auteur : Sally Green
Date de parution : 06 janvier 2021
Editeur : J’ai Lu
Format : Ebook
Genre : Fantasy
Lectorat : Young Adult
Nombre de pages : 500

Note : 2 sur 5.

Une princesse visionnaire qui ne laissera personne lui dicter sa conduite. Un soldat idéaliste déchiré entre son cœur et ses devoirs. Une chasseuse intrépide traquant la plus dangereuse des proies. Un traître déterminé à venger le sang de son peuple. Un voleur insaisissable qui multiplie les faux-semblants. Un monde immense et magique au bord du chaos, dont la clé se trouve peut-être au fond d’une bouteille de fumée…

Cela fait très longtemps, depuis la parution du premier tome chez J’ai Lu, que je veux lire cette série. Mon intérêt initial était d’ailleurs assez superficiel puisqu’il reposait uniquement sur le fait que les couvertures sont absolument magnifiques. Ces illustrations évocatrices, avec leurs couleurs envoûtantes et leur atmosphère mystérieuse, ont tout de suite attiré mon regard et sont restées dans un coin de ma tête pendant des années. Je ne sais pas vraiment pourquoi je n’ai jamais sauté le pas avant maintenant – peut-être la crainte inconsciente que le contenu ne soit pas à la hauteur de la promesse visuelle, peut-être simplement une pile à lire déjà trop haute, peut-être l’hésitation face à une nouvelle série à s’engager à suivre. Quoi qu’il en soit, avec le recul, après avoir finalement lu ce premier tome, je ne regrette absolument pas d’avoir attendu. Non pas que l’attente ait rendu la lecture meilleure, mais plutôt que si j’avais lu ce livre il y a quelques années, j’aurais probablement été plus déçue et frustrée que je ne le suis maintenant, avec des attentes plus mesurées et une patience accrue face aux défauts narratifs.

J’ai préféré les lire en numérique plutôt qu’en format papier, un choix pragmatique qui s’est avéré judicieux vu mon niveau d’engagement final dans l’histoire, et je suis extrêmement mitigée par cette lecture. Ce sentiment d’ambivalence m’a accompagnée tout au long du roman, oscillant entre moments d’intérêt et passages de franche déception. Ce n’est pas un mauvais livre à proprement parler, mais ce n’est pas non plus une lecture qui m’a transportée ou qui restera gravée dans ma mémoire.

Pourtant, le synopsis m’avait beaucoup intéressée et avait créé des attentes assez élevées. L’idée d’une chasse aux démons dans un univers de fantasy, avec plusieurs personnages principaux qui se partagent le récit et offrent différentes perspectives sur les événements, semblait prometteuse et originale. La structure narrative à points de vue multiples permet généralement d’enrichir considérablement un univers en le présentant sous différents angles, de créer des tensions dramatiques intéressantes quand les personnages ont des informations différentes, et de construire une fresque plus vaste et plus nuancée qu’un récit à narrateur unique. Sally Green avait donc tous les éléments pour créer quelque chose de captivant et de complexe. Malheureusement, l’exécution ne tient pas vraiment les promesses du concept.

Je trouve que l’auteure n’a pas été au fond de ses explications sur les éléments fondamentaux de son univers, et c’est probablement ma plus grande frustration avec ce roman. Que sont exactement les démons ? D’où viennent-ils ? Quelle est leur nature, leur origine, leur but ? Pourquoi apparaissent-ils à un seul endroit spécifique plutôt que partout dans le monde ? Quelle est la logique qui régit leur existence et leurs manifestations ? Comment les humains ont-ils découvert leur existence et développé des méthodes pour les chasser ? Toutes ces questions restent sans réponses claires, et c’est vraiment dommage parce que les démons sont censés être au cœur de l’intrigue, l’élément central qui justifie l’existence de chasseurs spécialisés et qui crée le danger qui structure toute l’histoire. Sans une compréhension minimale de ce que sont ces créatures, il est difficile de vraiment saisir les enjeux et de s’investir pleinement dans la chasse qui est au centre du récit.

J’ai bien conscience que c’est un premier tome et que l’auteure ne va pas, et ne devrait pas, donner toutes les réponses directement dès le début. Le mystère, le dévoilement progressif de l’univers et de ses règles, font partie intégrante du plaisir de la lecture d’une série de fantasy. Personne ne demande un traité encyclopédique qui expliquerait tout en détail dès les premières pages. Mais il y a une différence fondamentale entre préserver des mystères intrigants qui donnent envie de découvrir la suite, et laisser le lecteur dans un flou complet sur les bases mêmes de l’univers. Sally Green aurait vraiment dû donner quelques pistes au lecteur, des indices, des bribes d’information qui permettent de commencer à construire une compréhension de cet univers tout en laissant des zones d’ombre à explorer dans les tomes suivants. Il aurait fallu attiser la curiosité du lecteur en lui donnant juste assez d’informations pour qu’il se pose des questions plus précises et plus intéressantes, plutôt que de le laisser dans une ignorance frustrante qui empêche tout véritable engagement avec l’univers. Un bon worldbuilding dans un premier tome trouve cet équilibre délicat entre révélation et mystère, entre information et questionnement. Ici, la balance penche trop fortement du côté du mystère au point que l’univers reste flou et difficile à visualiser ou à comprendre.

La relation entre les personnages est malheureusement sans surprise et suit des schémas narratifs extrêmement prévisibles. Dès les premières interactions, on devine exactement où Sally Green veut nous mener, quels personnages vont tomber amoureux, quelles tensions vont se créer, quels conflits vont surgir. Il n’y a aucun twist inattendu, aucune subversion des attentes, aucune complexité relationnelle qui sortirait des sentiers battus de la romance young adult classique. C’est du déjà-vu, du déjà-lu cent fois, et cette absence totale d’originalité dans la construction des relations entre personnages est vraiment décevante. Je suis particulièrement déçue du manque d’imagination de l’auteure sur cet aspect. Avec une configuration de personnages aussi diversifiée – une princesse, un chevalier, une chasseuse de démons, un kleptomane, un traitre –, elle avait toutes les cartes en main pour créer des dynamiques relationnelles intéressantes, surprenantes, qui auraient sorti de l’ordinaire. Au lieu de cela, elle se contente de reproduire les tropes les plus éculés du genre sans leur apporter la moindre touche personnelle ou le moindre renouvellement.

Le style d’écriture lui-même pose question. Les phrases sont simples et peu travaillées, avec une construction basique et une pauvreté lexicale qui m’ont frappée tout au long de la lecture. Je me demande sincèrement si c’est un problème de la traduction française qui aurait simplifié à outrance la prose originale, ou si c’est vraiment le style de Sally Green qui est naturellement aussi plat et peu inspiré. Il est toujours difficile de juger le style d’un auteur à travers une traduction, mais même en tenant compte de cette variable, il semble y avoir un manque de richesse descriptive, de variété dans la construction des phrases, de travail sur le rythme et la musicalité du texte. La narration est fonctionnelle, elle raconte les événements et fait avancer l’histoire, mais elle ne crée pas vraiment d’atmosphère, elle ne provoque pas d’émotions fortes, elle ne contient pas ces phrases ciselées ou ces descriptions évocatrices qui font qu’on s’arrête pour relire un passage parce qu’il est particulièrement beau ou puissant. C’est une écriture transparente dans le mauvais sens du terme, qui se contente de faire son travail minimal sans jamais chercher à s’élever au-dessus.

Les personnages sont très caricaturaux et manquent cruellement de profondeur et de nuances. La princesse Catherine qui est belle mais qui ne peut rien faire, enfermée dans son rôle de femme noble sans agentivité, est un archétype tellement usé qu’il en devient presque parodique. On l’a vue mille fois, cette princesse passive qui attend qu’on la sauve ou qu’on lui donne la permission d’exister vraiment. Le chevalier idéaliste Ambrose qui en pince pour la princesse est tout aussi prévisible – le chevalier servant amoureux de celle qu’il protège, c’est le B.A.-BA de la romance médiévale-fantasy, et Sally Green ne fait absolument rien pour renouveler ce cliché. Leur relation est télégraphiée dès leur première rencontre et ne contient aucune surprise, aucun obstacle intéressant, aucune complexité qui rendrait leur histoire digne d’intérêt.

Heureusement, tous les personnages ne sont pas aussi décevants. Tash, la jeune chasseuse de démons, m’a bien plu et constitue probablement le personnage le plus réussi du roman. J’ai beaucoup aimé son côté ironique de voir le monde, cette distance sarcastique qu’elle met entre elle et les événements, qui lui permet de survivre dans un métier dangereux et qui donne un ton différent à ses chapitres. Son regard décalé sur les situations apporte une touche de légèreté et d’humour bienvenue dans un récit qui pourrait sinon être trop sérieux ou trop convenu. Sa relation avec son mentor est également l’une des dynamiques les mieux développées du livre, avec une complexité et une authenticité qui manquent cruellement aux autres relations. On sent une vraie histoire entre ces deux personnages, un passé partagé, une compréhension mutuelle mêlée de tensions et de non-dits. C’est le genre de relation qui donne de l’épaisseur à un personnage et qui le rend vraiment tridimensionnel.

Edyon, le kleptomane, est sympa aussi sans être extraordinaire. Son caractère de voleur malgré lui apportent une touche d’originalité bienvenue. Sa kleptomanie pourrait être un trait de caractère vraiment intéressant si elle était explorée avec plus de profondeur psychologique, si on comprenait mieux d’où elle vient et comment elle affecte vraiment sa vie au-delà de moments comiques ou de péripéties narratives. Mais Sally Green n’exploite pas vraiment ce potentiel et en fait surtout un trait de caractère pratique pour créer des situations où Edyon se retrouve avec des objets qui avancent l’intrigue.

Cependant, j’ai largement préféré March parmi tous les personnages. March incarne ce que j’aime dans les personnages complexes : quelqu’un qui est déchiré, torturé entre son cœur et son cerveau, entre ce qu’il ressent et ce qu’il pense devoir faire, entre ses désirs personnels et ses obligations. J’aime énormément les personnages qui sont en conflit interne, qui doivent faire des choix difficiles où il n’y a pas de bonne réponse évidente, qui sont moralement ambigus et qui ne peuvent pas être facilement catalogués comme « bons » ou « mauvais ». March a ce potentiel de complexité morale et psychologique qui le rend infiniment plus intéressant que les autres protagonistes. Ses dilemmes, ses loyautés contradictoires, ses doutes, tout cela en fait un personnage avec lequel on peut vraiment s’engager émotionnellement.

Mais malgré tout, et c’est là que réside ma plus grande frustration, je pense que l’auteure aurait tellement pu les mettre beaucoup mieux en avant, tous ces personnages. Même les plus intéressants comme Tash et March ne sont pas développés autant qu’ils le mériteraient. Sally Green les esquisse plus qu’elle ne les construit véritablement, elle effleure leur potentiel sans jamais vraiment plonger dans leurs psychés, explorer en profondeur leurs motivations, leurs peurs, leurs contradictions. On reste toujours un peu à la surface des personnages, on ne pénètre jamais vraiment dans leur intériorité de manière satisfaisante. Avec un peu plus de travail, un peu plus d’attention portée au développement psychologique, un peu plus de scènes qui révèlent vraiment qui ils sont au-delà de leurs fonctions narratives, ces personnages auraient pu être mémorables. Au lieu de cela, ils restent des ébauches prometteuses qui ne sont jamais vraiment achevées.

L’intrigue elle-même avance sans vraiment passionner. Il y a de l’action, des péripéties, des dangers, mais tout cela manque d’enjeux clairement établis et de tension véritable. Les scènes de chasse aux démons, qui devraient être les moments forts du roman, manquent cruellement de dynamisme et d’intensité. On ne sent pas vraiment le danger, on ne comprend pas vraiment ce qui est en jeu au-delà de « les démons sont méchants et il faut les tuer ». Le rythme est inégal, avec des passages qui s’éternisent sur des choses peu intéressantes et des moments qui mériteraient plus d’attention mais qui sont expédiés trop rapidement.

Je vais lire la suite car j’ai toute la série sur ma liseuse et que, pragmatiquement, elle est déjà là et disponible, mais je dois être honnête : je ne suis pas emballée par ce qui m’attend. Je continuerai davantage par curiosité tiède et par volonté de donner une chance à Sally Green de s’améliorer dans les tomes suivants, que par véritable enthousiasme pour cet univers ou ces personnages. J’espère que le deuxième tome apportera enfin les explications qui manquaient cruellement dans ce premier volume, qu’il développera davantage les personnages et leurs relations, qu’il donnera plus de profondeur à l’univers et plus d’enjeux à l’intrigue. Mais après cette première expérience décevante, mes attentes sont considérablement tempérées. Les Voleurs de fumée, tome 1 avait tous les ingrédients pour être une série captivante de fantasy – un concept intrigant, une structure narrative à multiples points de vue, des personnages variés, un élément central mystérieux avec ces démons –, mais l’exécution est malheureusement trop superficielle, trop conventionnelle, et trop peu travaillée pour vraiment convaincre. C’est une lecture qui se laisse lire sans déplaisir majeur mais sans réel enthousiasme, et qui ne laissera probablement pas une impression durable. Si vous cherchez une fantasy young adult qui renouvelle le genre ou qui vous marquera profondément, ce n’est probablement pas la série qu’il vous faut. Si en revanche vous cherchez une lecture facile et sans prétention pour passer le temps, Les Voleurs de fumée fera l’affaire, mais sans plus.

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Série terminée :
– tome 01
– tome 02 : Le Monde des démons
– tome 03 : A feu et à sang

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