
Titre : Driven, tome 01
Auteur : K. Bromberg
Date de parution : 01 octobre 2015
Editeur : Hugo Roman
Format : Ebook
Genre : Romance
Lectorat : Adulte
Nombre de pages : 451
Résumé :
Dans un monde peuplé de femmes, je représente un véritable défi pour Colton Donovan. Arrogant et terriblement séduisant, du genre à obtenir – très exactement– ce qu’il désire dans la vie comme sur un circuit automobile. Bad boy intrépide constamment sur le fil du rasoir, entre perte de contrôle et sortie de piste.
Colton a fait irruption dans ma vie comme une tornade, sapant mon self-contrôle au-delà des limites, et la barrière de protection qui entoure mon cœur convalescent.
Mais après avoir entrevu, les lourds secrets d’une âme meurtrie, vais-je choisir de me détourner ?
Sexuellement, notre alchimie est indéniable. Notre volonté de ne jamais lâcher prise, irréfutable. Mais lorsque nos univers entreront en collision, parviendrons-nous à nous rapprocher, ou bien les secrets que nous taisons et le clash de nos deux volontés nous conduiront-ils, inexorablement, à la rupture ?
Avis :
Une découverte tardive qui révèle surtout les limites d’un genre à la mode.
J’avais beaucoup entendu parler de la série Driven au moment de sa sortie en France, il y a maintenant plus d’une décennie. À l’époque, elle faisait partie de ces romances new adult ultra populaires qui inondaient les librairies et les réseaux sociaux. Mais je n’avais jamais sauté le pas. C’est donc avec plusieurs années de recul – et peut-être des attentes différentes – que je me suis finalement décidée à découvrir ce premier tome. Et je dois dire que si je comprends un peu l’engouement de l’époque, le résultat me laisse plutôt déçue.
Replacé dans son contexte temporel, le succès de Driven s’explique assez facilement. C’était la grande époque de ce type de romance new adult, dans le sillage du phénomène Cinquante nuances de Grey et consorts. La mode était aux romances sexuellement explicites, aux bad boys torturés, aux héroïnes qui les « sauvent » par leur amour, le tout enrobé dans une atmosphère de luxe et de passion dévorante. K. Bromberg cochait toutes les cases du genre tel qu’il était attendu à cette période.
Mais voilà, lire ce livre aujourd’hui, avec le recul et l’évolution du genre romance, met cruellement en lumière ses nombreuses faiblesses. Ce qui pouvait sembler audacieux ou captivant il y a dix ans apparaît désormais comme répétitif et superficiel.
Le problème majeur de ce roman tient en quelques mots : c’est littéralement un livre où ça baise tous les 50 pages sans qu’il y ait absolument rien de concret autour. Et je pèse mes mots. Les scènes de sexe s’enchaînent avec une régularité quasi mécanique, comme si l’auteure avait un quota à remplir par chapitre. À tel point qu’on finit par les survoler, tellement elles deviennent prévisibles et interchangeables. Ce n’est même plus de la sensualité ou de l’érotisme – c’est du remplissage narratif qui masque à peine l’absence criante de véritable contenu.
Je n’ai rien contre les romances sensuelles ou même très explicites quand elles servent le développement de la relation, quand elles marquent des étapes importantes de l’intimité entre les personnages, quand elles ont une fonction narrative. Mais ici, c’est gratuit, répétitif, et ça finit par étouffer tout le reste. On a l’impression que K. Bromberg ne savait pas comment faire avancer son intrigue ou développer ses personnages, alors elle comblait les vides avec des scènes de sexe.
Le plus frustrant, c’est qu’il y avait pourtant matière à créer quelque chose d’intéressant. Le début du roman pose un contexte qui pourrait être riche : la rencontre entre les deux protagonistes s’inscrit dans un cadre professionnel qui aurait pu être exploité de manière captivante. Lui est pilote de course automobile, elle travaille avec des enfants en difficulté dans une association – deux univers qui offrent des possibilités narratives fascinantes.
Mais après cette mise en place initiale, la vie professionnelle des personnages disparaît purement et simplement. Colton ne court plus, on ne le voit jamais dans son environnement de compétition, on ne ressent pas sa passion pour la vitesse et le danger. Rylee ne travaille plus vraiment avec les enfants, son engagement auprès de l’association devient anecdotique. Tout ce qui pourrait ancrer ces personnages dans une réalité concrète, leur donner de la profondeur, montrer ce qui les anime au-delà de leur attraction mutuelle… tout cela est sacrifié au profit de scènes d’alcôve interminables.
Il y aurait pourtant eu tellement de choses intéressantes à développer ! Le monde de la course automobile avec ses dangers, ses rivalités, la pression médiatique, l’adrénaline permanente. Le travail auprès d’enfants traumatisés, la complexité de ces relations, les défis quotidiens, l’investissement émotionnel que cela représente. Les conflits potentiels entre ces deux univers si différents, la difficulté de concilier une relation amoureuse avec des vies professionnelles exigeantes.
Au lieu de quoi, K. Bromberg réduit ses personnages à leur dimension purement sentimentale et sexuelle, les vidant de toute substance. Ils n’existent que l’un pour l’autre, dans une bulle romanesque déconnectée de toute réalité. C’est d’autant plus frustrant qu’on sent le potentiel gâché.
Quant aux personnages secondaires, ils sont tout simplement inexistants. Ils apparaissent de manière fantomatique, prononcent quelques répliques convenues, puis disparaissent sans laisser la moindre trace. Aucun ami proche qui aurait une véritable importance, aucun collègue avec qui les protagonistes auraient des relations significatives, aucune famille développée qui apporterait du contexte et de la profondeur.
Les personnages secondaires ne sont que des ombres vagues qui peuplent l’arrière-plan sans jamais prendre consistance. Ils ne servent qu’à ponctuer quelques scènes, à créer artificiellement un semblant de vie sociale autour des héros. Mais ils n’ont ni personnalité propre, ni rôle narratif réel. On ne s’en souvient pas, on ne s’y attache pas, on ne les distingue même pas les uns des autres.
D’ailleurs, maintenant que j’y pense, je n’ai même pas encore vraiment parlé des personnages principaux eux-mêmes… et c’est bien révélateur du problème. Qu’est-ce que je peux vraiment dire de Colton et Rylee au-delà de leurs interactions physiques constantes ? Ils sont construits sur des archétypes ultra-convenus : lui, le bad boy ténébreux au passé traumatique qui refuse de s’engager ; elle, la fille bienveillante et déterminée qui va le « sauver » par son amour patient et inconditionnel.
On ne découvre jamais vraiment qui ils sont en profondeur. Quelles sont leurs passions véritables (au-delà de leur attraction mutuelle) ? Qu’est-ce qui les fait rire ? Quels sont leurs rêves, leurs peurs, leurs contradictions ? Quelle est leur vision du monde ? Comment ont-ils été façonnés par leurs expériences passées au-delà du simple trauma romantique qui justifie leurs difficultés relationnelles ?
Toutes ces questions restent sans réponse parce que K. Bromberg ne s’intéresse qu’à leur relation amoureuse et sexuelle, négligeant de construire des individus complexes et tridimensionnels. Le résultat : des personnages creux qui ne parviennent jamais à sortir du cadre étroit de leur fonction narrative de couple torturé.
Le seul véritable point positif – et je lui reconnais volontiers – c’est que la romance en elle-même est plutôt sympa et bien torturée, exactement comme je les aime. K. Bromberg maîtrise les codes de la romance angoissée : l’attraction irrésistible doublée de résistances psychologiques, les avancées suivies de reculs, les peurs d’engagement qui créent des tensions, les non-dits qui pèsent sur la relation.
Cette dimension « tortured romance » fonctionne assez bien. On sent la lutte intérieure des personnages, particulièrement celle de Colton qui veut se protéger de la vulnérabilité émotionnelle. Les moments où il s’ouvre puis se referme, où il laisse entrevoir ses blessures avant de remettre ses défenses en place, créent une dynamique relationnelle assez prenante. C’est vraiment le seul aspect qui m’a maintenue dans la lecture et qui justifie que je ne mette pas une étoile uniquement.
D’ailleurs, j’aurais sincèrement préféré que les autres tomes de la série soient des tomes compagnons pour une fois. Je suis généralement assez lassée par les séries qui suivent toujours le même couple sur cinq ou six tomes, étirant artificiellement des conflits qui auraient pu être résolus en un ou deux livres. Dans le cas de Driven, avec le peu de substance narrative présent dans ce premier tome, je crains vraiment que les suites ne soient qu’un étirement interminable de la même dynamique : problèmes artificiels suivis de réconciliations sur l’oreiller, ad nauseam.
Des tomes compagnons qui auraient exploré les histoires d’autres personnages – ces fameux personnages secondaires absents qu’on aurait pu découvrir – auraient été bien plus intéressants. Cela aurait permis de rester dans l’univers de la course automobile tout en offrant de nouvelles perspectives, de nouveaux enjeux, de nouvelles dynamiques relationnelles. Au lieu de quoi on va probablement avoir droit à plusieurs centaines de pages supplémentaires centrées sur Colton et Rylee qui tournent en rond.
Vais-je lire la suite malgré tout ? Probablement oui, pour la simple raison que j’ai la série complète sur ma liseuse et qu’il serait dommage de ne pas aller au bout maintenant que j’ai commencé. Mais ce sera sans véritable enthousiasme, plutôt par acquit de conscience et par curiosité de voir si K. Bromberg parvient à étoffer un peu son univers et ses personnages dans les tomes suivants – même si j’en doute fortement.
Au final, Driven me laisse avec l’impression d’un roman symptomatique d’une époque où la quantité de scènes explicites semblait suffire à constituer une romance, au détriment de la profondeur narrative, du développement des personnages et de la richesse de l’univers. Avec le recul et l’évolution du genre, ces faiblesses sont encore plus flagrantes.
Une romance new adult datée qui mise tout sur les scènes de sexe au détriment de la substance narrative. Malgré une dynamique relationnelle torturée plutôt réussie, Driven souffre cruellement de personnages creux, d’un univers sous-exploité, de personnages secondaires inexistants et d’une répétitivité lassante. Un produit typique de son époque qui a mal vieilli et qui peine à convaincre aujourd’hui. Je continuerai la série sans grand enthousiasme, mais je ne la recommanderais certainement pas.
La fiche du livre :
Série en cours :
– tome 01
– tome 02 : Fueled
– tome 03 : Crashed
– tome 3.5 : Raced
– tome 04 : Aced
– tome 05 : Slow flame
– tome 06 : Sweet Ache
– tome 07 : Hard Beat
– tome 08 : Down shift
