Nos âmes tourmentées – Morgane Moncomble

Titre : Nos âmes tourmentées
Auteur : Morgane Moncomble
Date de parution : 10 octobre 2019
Editeur : Hugo Roman
Format : Ebook
Genre : Romance
Lectorat : Adulte
Nombre de pages : 476

Une romance en demi-teinte qui hésite entre réalisme et idéalisation.

J’avais beaucoup entendu parler de Morgane Moncombe, notamment grâce à sa série Seasons qui semble avoir conquis de nombreux lecteurs. Curieuse de découvrir son univers, je me suis lancée dans Nos âmes tourmentées en me disant qu’une petite romance « gnangnan » me ferait du bien – un moment de lecture légère et réconfortante, sans prise de tête. Ce que j’ai trouvé s’est révélé à la fois plus profond et plus frustrant que prévu.

J’ai été véritablement surprise de m’attacher autant aux personnages, et particulièrement à Azalea. Je ne m’y attendais pas du tout. Azalea incarne exactement le type de personnage que j’adore : une héroïne tourmentée, marquée par des traumatismes profonds, mais qui refuse de se laisser définir uniquement par ses blessures. Elle lutte, elle essaie de s’en sortir, elle avance tant bien que mal malgré le poids du passé qui pèse constamment sur ses épaules.

Ce n’est pas une victime passive qui attend d’être sauvée par l’amour – elle possède une force intérieure remarquable, même si cette force est parfois fragile, fissurée par ce qu’elle a vécu. Ses moments de faiblesse alternent avec ses moments de résilience, créant un portrait psychologique nuancé et touchant. Morgane Moncombe réussit à rendre Azalea profondément humaine, avec ses contradictions, ses reculs, ses avancées timides vers la guérison. C’est ce réalisme psychologique qui m’a véritablement accrochée et qui a su créer un lien émotionnel fort entre le personnage et moi.

La romance elle-même est plutôt choupinette et agréable à suivre. L’auteure prend le temps de construire la relation entre les protagonistes, ce qui est toujours appréciable. On n’est pas dans l’instantané amoureux qui surgit de nulle part dès les premières pages. Au contraire, les sentiments se développent progressivement, naissent de moments partagés, de conversations, de gestes tendres et de petites attentions qui tissent lentement mais sûrement une intimité émotionnelle crédible.

Il n’y a pas trop de raccourcis narratifs, pas de ces sauts temporels qui escamotent toutes les étapes importantes de la construction d’un couple. On assiste vraiment à l’évolution de leur relation, aux hésitations, aux peurs qui subsistent malgré l’attirance, aux moments de doute qui parsèment naturellement toute histoire d’amour naissante. Cette patience narrative crée une romance assez convaincante dans sa progression générale.

Cependant, et c’est là que le bât blesse, je trouve qu’il manque quelque chose dans le récit pour que l’ensemble soit véritablement crédible. Il y a comme un décalage entre l’ambition thématique du roman – traiter de traumatismes graves, d’abus, de reconstruction psychologique – et la manière dont ces thématiques sont finalement abordées. C’est difficile à formuler précisément, mais j’ai eu l’impression que l’auteure voulait traiter de sujets lourds et réalistes tout en conservant un ton de romance feel-good, et que ces deux intentions ne parviennent jamais vraiment à se fondre harmonieusement.

Un exemple concret illustre parfaitement ce malaise : le traitement du personnage du beau-père abuseur. Morgane Moncombe nous présente un homme pervers qui a traumatisé profondément Azalea. Mais voilà, ce beau-père ne l’aurait violée « que » deux fois. Et là, je dois avouer que quelque chose ne fonctionne pas pour moi. Je comprends bien qu’il n’est absolument pas nécessaire – ni souhaitable – de multiplier les scènes d’horreur pour valider la gravité d’un traumatisme. Deux viols, c’est déjà deux viols de trop, c’est déjà une violence incommensurable qui suffit amplement à détruire psychologiquement une personne.

Mais d’un point de vue purement narratif et psychologique, ce choix me semble étrange pour caractériser un prédateur. Un pervers qui abuse de sa position de pouvoir sur une enfant ou une adolescente vulnérable ne s’arrête généralement pas après deux agressions. C’est malheureusement dans la nature même de ce type de comportement prédateur de s’inscrire dans la répétition, l’escalade, l’abus systématique et prolongé. La perversion ne connaît pas de limite auto-imposée, elle ne dit pas « je vais m’arrêter là, deux fois ça suffit ».

J’ai l’impression que l’auteure voulait à la fois traiter du viol et de ses conséquences traumatiques (pour donner de la profondeur et de la gravité à son héroïne), mais sans aller vraiment au bout de l’horreur, sans plonger dans la réalité sordide et répétée que vivent malheureusement les victimes d’abus intrafamiliaux. Comme si elle avait voulu édulcorer la situation pour ne pas trop choquer le lecteur ou pour garder une atmosphère de romance relativement légère. Le résultat est un entre-deux inconfortable qui manque de cohérence psychologique.

Ce n’est d’ailleurs qu’un exemple d’un problème plus général qui traverse le roman : cette hésitation constante entre réalisme et idéalisation, entre gravité des thèmes et légèreté du traitement. On sent que Morgane Moncombe veut parler de sujets importants – traumatismes, reconstruction, résilience – mais sans jamais vraiment confronter le lecteur (et ses personnages) à toute la dureté et la complexité de ces parcours. Les blessures sont présentées, mais pas dans toute leur profondeur. La guérison semble parfois un peu trop facile, un peu trop linéaire, comme si l’amour pouvait magiquement résoudre des décennies de souffrance.

Or, comme vous le dites ironiquement dans votre note entre parenthèses : « il manque quelque chose (de la magie ???) pour que cela soit crédible (ah bah non…) ». C’est exactement ça. Il manque soit la magie – assumons alors pleinement que c’est une romance feel-good où l’amour guérit miraculeusement toutes les blessures – soit un traitement plus réaliste et approfondi des traumatismes et de leur impact durable sur la psyché et les relations. Mais ce entre-deux laisse une impression de superficialité malgré les bonnes intentions.

Au-delà de ces questions de cohérence psychologique, j’ai également trouvé que le rythme était inégal. Par moments, l’histoire avance agréablement, portée par les interactions entre les personnages ou par des développements intéressants. Mais à d’autres moments, j’ai franchement trouvé le temps long. Des passages auraient pu être condensés sans que cela nuise à la compréhension ou à la profondeur émotionnelle. Certaines scènes semblent s’étirer sans nécessité narrative, créant des longueurs qui ralentissent l’ensemble et diluent l’impact émotionnel.

Cette irrégularité du rythme a nui à mon investissement dans l’histoire. Alors que j’étais captivée par certains chapitres, j’en ai survolé d’autres en attendant que les choses reprennent de l’intensité. Pour un roman qui se veut émotionnellement fort, cette alternance entre moments captivants et passages plus mous crée un déséquilibre dommageable.

Malgré tout, je ne regrette pas cette lecture. Elle reste globalement agréable, avec des personnages attachants – notamment Azalea – et des moments de vraie tendresse. Morgane Moncombe possède indéniablement un talent pour créer des atmosphères douces-amères et pour capter l’attention du lecteur par ses personnages. Mais l’ensemble manque de cette cohérence et de cette profondeur qui auraient transformé une lecture correcte en un véritable coup de cœur.

Une romance en demi-teinte qui hésite entre légèreté feel-good et traitement réaliste de traumatismes graves, sans parvenir vraiment à réconcilier ces deux ambitions. Malgré des personnages attachants – particulièrement Azalea – et une construction de romance plutôt bien menée, le récit souffre d’incohérences psychologiques et de longueurs qui empêchent une pleine adhésion. Une lecture agréable mais qui laisse une impression mitigée et ne m’incite pas forcément à me précipiter sur les autres romans de l’auteure.

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