
Titre : La Trilogie des périls, tome 02 : Ceux-qui-brillent
Auteur : David Eddings
Date de parution : 01 juin 2023
Editeur : Pocket
Format : Livre
Genre : Fantasy
Lectorat : Adulte
Nombre de pages : 653
Résumé :
La main de Xanetia l’effleura ; il poussa un cri d’horreur, un hurlement atroce qui mourut dans un râle. Il regarda bouche bée, les yeux exorbités, la forme aveuglante qui venait de le toucher, mais ce fut bref.
Après cela, son expression fut impossible à discerner. Sa chair se liquéfia, coula comme une bougie, changée d’un coup en un liquide sanieux. Ses joues et ses lèvres dégoulinèrent sur son menton, sa mâchoire tomba. Il voulut crier encore, mais la putréfaction avait atteint sa gorge, et sa bouche dépourvue de lèvres n’émit qu’un gargouillis. La chair glissa le long de son bras, dénudant les os, et sa main de squelette laissa échapper sa dague.
Ses jambes le lâchèrent : le résidu visqueux de ce qui avait été sa peau, ses nerfs et ses tendons ruissela sur ses vêtements.
Le cadavre pourrissant s’affaissa sur le sol tapissé de feuilles mortes où il continua de se désagréger. Inexorablement, la malédiction de Xanetia poursuivait son œuvre.
Avis :
Une nette amélioration qui confirme que la série monte en puissance.
Après un premier tome que j’avais trouvé correct mais un peu lent à démarrer, ce deuxième volet de La Trilogie des Périls m’a nettement plus convaincue. David Eddings semble avoir pris ses marques et accélère agréablement le rythme, ce qui rend la lecture bien plus captivante et addictive.
Le principal atout de ce tome réside dans l’arrivée progressive des explications. Là où le premier volume posait énormément de questions et multipliait les mystères sans vraiment y répondre, celui-ci commence enfin à dévoiler certaines cartes. On comprend mieux les enjeux, les motivations des différentes factions, les forces en présence et surtout le rôle que jouent nos protagonistes dans cette histoire qui les dépasse. Cette progression narrative était vraiment nécessaire : après un tome d’installation, on avait besoin de sentir que l’intrigue avançait concrètement, que nos interrogations trouvaient des réponses.
Eddings dose intelligemment ces révélations, ne dévoilant jamais tout d’un coup mais distillant les informations de manière à maintenir le suspense tout en satisfaisant notre curiosité. On a enfin l’impression de comprendre où l’auteur nous mène, ce qui renforce considérablement l’investissement dans l’histoire.
L’action est également beaucoup plus présente que dans le tome précédent. Fini les longues phases d’exposition ou les voyages contemplatifs qui ralentissaient le rythme. Ici, les événements s’enchaînent, les confrontations se multiplient, les enjeux deviennent plus immédiats et plus palpables. Cette dynamique narrative fait toute la différence : on tourne les pages avec bien plus d’enthousiasme, porté par un récit qui ne nous laisse plus vraiment le temps de souffler.
Sans pour autant sacrifier le développement des personnages ou la construction de l’univers, Eddings parvient à créer un meilleur équilibre entre moments calmes et séquences d’action. Le résultat est un tome bien plus efficace, qui maintient l’attention du début à la fin.
Le sens de l’humour pince-sans-rire d’Eddings reste l’un de mes plaisirs constants dans cette série. C’est vraiment une signature de l’auteur, cette capacité à injecter de l’humour subtil au cœur de situations dramatiques ou épiques. Ses personnages ont cette façon bien particulière de manier le sarcasme, l’ironie légère et le second degré qui allège considérablement l’atmosphère sans jamais dénaturer les enjeux sérieux du récit.
Cette touche d’humour empêche la fantasy de tomber dans la lourdeur ou le pathos, elle rend les personnages plus attachants et plus humains. On rit régulièrement de leurs réparties, de leurs observations décalées, de leur façon de dédramatiser les situations les plus tendues. C’est rafraîchissant et c’est précisément ce qui distingue l’écriture d’Eddings d’autres auteurs de fantasy parfois plus solennels.
Les romances se développent avec une lenteur délicieuse qui me convient parfaitement. Eddings ne cède pas à la facilité des histoires d’amour instantanées ou des déclarations passionnées survenant trop rapidement. Au contraire, il prend le temps de construire des relations crédibles, faites de petits moments partagés, de regards qui en disent long, de gestes qui révèlent des sentiments naissants encore mal assumés.
Cette progression lente crée une tension romantique particulièrement savoureuse. On devine l’attraction, on sent les sentiments grandir progressivement, mais les personnages eux-mêmes n’en sont pas encore pleinement conscients ou refusent de l’admettre. C’est exactement ce que j’apprécie dans les romances bien menées : du slow burn authentique qui laisse le temps aux émotions de mûrir naturellement, sans précipitation artificielle.
Le duo formé par Emouchet et Aphrael est une véritable pépite. J’adore absolument leur dynamique ! Leurs échanges sont un régal constant, oscillant entre complicité évidente et chamailleries affectueuses. Ils se connaissent si bien qu’ils peuvent se permettre toutes les piques, tous les sarcasmes, toutes les provocations, sachant parfaitement jusqu’où ils peuvent aller sans vraiment blesser l’autre.
Leurs conversations crépitent d’intelligence et d’humour. Chacun cherche à avoir le dernier mot, à placer la réplique la plus cinglante, à prendre l’autre à contre-pied. C’est vif, c’est drôle, c’est touchant aussi parce qu’on sent derrière cette joute verbale permanente une profonde affection mutuelle. Leur relation apporte une légèreté bienvenue au récit tout en étant parfaitement cohérente avec leurs personnalités respectives.
Ce type de duo – où l’amitié ou l’amour s’exprime à travers le conflit ludique et la taquinerie constante – est un grand classique chez Eddings, et il faut reconnaître qu’il le maîtrise à la perfection. On ne se lasse jamais de leurs interactions.
J’ai également beaucoup moins eu de mal avec les noms des personnages dans ce tome. Le premier volume m’avait un peu noyée sous les appellations diverses, les titres multiples et l’afflux constant de nouveaux venus qu’il fallait mémoriser. Ici, l’effectif se stabilise : peu de nouveaux personnages font leur apparition, ce qui permet de se concentrer sur ceux déjà établis et de vraiment apprendre à les connaître.
Cette continuité est extrêmement appréciable. On retrouve des visages familiers, on comprend mieux leurs rôles respectifs, on affine notre compréhension de leurs personnalités. Ne plus avoir à constamment intégrer de nouvelles identités libère l’esprit et permet de s’investir plus profondément dans les relations entre les protagonistes et dans l’intrigue elle-même.
Tous les personnages sont vraiment intéressants et apportent quelque chose d’unique au récit. Eddings a ce talent pour créer des figures qui ne sont jamais de simples faire-valoir ou des archétypes unidimensionnels. Chacun possède sa propre personnalité, ses compétences spécifiques, son histoire personnelle, sa façon particulière d’interagir avec les autres.
Qu’il s’agisse des guerriers, des magiciens, des diplomates ou des personnages plus secondaires, tous ont leur raison d’être et enrichissent l’ensemble. On ne se retrouve jamais avec l’impression qu’un personnage est là uniquement pour remplir une fonction narrative basique. Ils existent pleinement, avec leurs forces, leurs faiblesses, leurs particularités qui les rendent mémorables.
Cette richesse de caractérisation crée une vraie dynamique de groupe où les interactions multiples entre tous ces personnages génèrent une énergie constante. On s’attache à eux collectivement autant qu’individuellement.
Et puis il y a ce cliffhanger final absolument diabolique ! David Eddings nous laisse sur une révélation ou un événement majeur qui change complètement la donne, et l’envie de se précipiter immédiatement sur le dernier tome de la trilogie devient irrépressible. C’est exactement ce qu’on attend d’un deuxième tome : qu’il nous donne suffisamment pour être satisfaisant en lui-même tout en créant une impatience fébrile pour la conclusion.
Ce genre de fin ouverte et percutante est particulièrement bien amenée ici. Ce n’est pas gratuit, ce n’est pas artificiel – c’est une progression logique de l’intrigue qui nous fait comprendre que tout ce qui précédait n’était que la mise en place de quelque chose d’encore plus grand. On referme le livre avec cette sensation délicieuse et frustrante à la fois : on veut la suite, on la veut maintenant.
Un deuxième tome qui corrige les défauts du premier et confirme que la série gagne vraiment en qualité au fil des pages. Avec davantage d’action, des explications bienvenues, des personnages toujours aussi attachants et un humour constant, Ceux-qui-brillent est une lecture très plaisante qui donne vraiment envie de découvrir la conclusion de cette trilogie. David Eddings prouve une fois de plus qu’il sait construire une série fantasy addictive avec des ingrédients simples mais parfaitement maîtrisés.
La fiche du livre :
Série terminée :
– tome 01 : Les Dômes de feu
– tome 02 : Ceux-qui-brillent
– tome 03 : La Cité occulte
